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Quand je relis les poètes tragiques grecs, j’attends avec impatience l’intervention du chœur qui me semble ramener l’intrigue à la raison voire à la réalité. C’est la petite touche de sel, la marque de bon sens, l’idée saugrenue qui germe peu à peu en nous à la lecture et qui se voit exprimée tout de go dans les passages du chœur. On a envie de dire : Ah ! Enfin, quelqu’un qui pose la bonne question, qui dit ce que tout le monde pense, qui a repéré chausse-trappe, mensonge ou stratagème … Dans Oedipe à Colone de Sophocle le chœur, à propos d’Œdipe, pose les questions qui nous brûlent les lèvres: « – Qui est-ce ? Où se tient-il ? Où s’est-il échappé, le plus effronté de tous les humains ? » Il y a dans les propos du chœur, sans artifice ni circonlocution, une part de sagesse populaire qui se généralisera bien plus tard dans les proverbes. En voici un que j’affectionne particulièrement et qui résonne actuellement dans le monde : « – Celui qui ne satisfait pas une part normale de vie et qui en souhaite une plus grande obéit à pure sottise ; pour moi, toujours ce sera là une éclatante vérité. »
Photo: Delphes, théâtre. (c) tous droits réservés à GP.