Vous voulez fabriquer un théâtre d’ombres ?

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Je ne dirais pas : « Rien de plus facile ! » mais enfin, ça n’a rien d’insurmontable… Il vous faut un écran de 4m de long sur 75 cms de hauteur mais un drap blanc que vous tendrez entre deux poteaux peut faire l’affaire. Il vous faut également une source de lumière, genre vieux spot ou sunlight de boîte de nuit à la réforme à positionner derrière l’écran, en grec ο μπερντές d’après un mot turc signifiant dais. Maintenant, il s’agit de fabriquer les marionnettes … Les difficultés commencent ! Vous n’avez sans doute pas chez vous du cuir de chameau huilé…  Vous vous contenterez donc de carton épais que vous pourrez laisser tel quel ou bien colorier suivant le personnage. Découpez au cutteur dans le carton des silhouettes de profil que vous allez articuler avec des œillets ou des attaches parisiennes en deux ou trois points : bras, torse, jambes. Si vous êtes vraiment doué, vous pouvez vous lancer dans des découpes savantes destinées à donner du relief, à dessiner les détails et à embellir les marionnettes. Ensuite, coller au pistolet à colle deux ou trois baguettes sur les parties en carton. C’est très difficile de les positionner avec exactitude, la logique ne fait pas toujours bon ménage avec la praticité ! Faites auparavant des simulations pour pouvoir manipuler deux baguettes en même temps. Car imaginez que vous fassiez fuir votre personnage tout en lui faisant hocher la tête… Si je compte bien, vous devrez tenir deux à six bâtons en même temps et ne pas faire n’importe quoi avec. Vous me direz : «  Je n’ai que deux mains », mais vous avez aussi dix doigts. Vous commencez à comprendre que, bien que la création et le découpage de vos personnages soient difficiles, le plus compliqué arrive. Vous allez devoir vous déplacer derrière l’écran. L’étroit guichet de Guignol est de la bibine en comparaison des quatre mètres de l’écran de Karaghiozis. Vous voilà en train de courir et faire des sauts, dialoguer entre deux personnages, intercaler des voix différentes en asseyant de ne pas vous mélanger les pinceaux, et tenir des bâtons qui ont une tendance naturelle à fuir vos mains. Je ne vous parle même pas de placer vos marionnettes sur une tablette quelque part tout près de vous dans l’ordre d’apparition à l’image… car il s’agit de changer de marionnette illico presto et quelquefois d’en garder tout de même une, car vous avez eu l’idiotie de faire intervenir le même personnage dans deux saynètes consécutives. A ce moment-là, alors que vous vous maudissez, arrive la fin de votre calcaire : malgré la précipitation, le sol glissant, le spot qui dévisse brutalement et vous envoie une lumière aveuglante dans les yeux, les marionnettes qui tombent, les bâtons qui glissent, et les spectateurs qui rient bêtement car dans l’affolement vous avez oublié votre texte et vous en arrivez à dire n’importe quoi…vous avez réussi ce que personne n’aurait jamais l’idée d’entreprendre : faire du Karaghiozis  sans être Grec depuis au moins quatre générations…

Photo: (c) tous droits réservés à GP.      

Une réflexion sur “Vous voulez fabriquer un théâtre d’ombres ?

  1. Eh bien, ça donne drôlement envie de s’y mettre !! Bien sûr il faut arriver à rassembler , créer et mettre en place tout ce que tu décris, mais une fois qu’on y est arrivé, et avec un canevas d’actions préparé, on doit vraiment s’amuser !!!

    Merci Geneviève.

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