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« Le roi des montagnes » Edmond About
Le roi des brigands Hadji Stavros, dans un simulacre de dialogue démocratique, interroge ses hommes de main à propos des tortures envisageables sur la personne du pauvre héros du « Roi des Montagnes », le jeune botaniste allemand retenu prisonnier dans la montagne de l’Attique. Chacun y va de son idée :
« -Je voudrais arracher quelques dents au milord, lui mettre un mors dans la bouche et le faire courir tout bridé jusqu’à ce qu’il tombât de fatigue. »
« – Moi, je lui casserais des œufs bouillants sous les aisselles. »
« – Moi, je le coucherais par terre avec un rocher de cinq cents livres sur la poitrine. On tire la langue et on crache le sang ; c’est assez joli. »
« – Moi, je lui mettrais du vinaigre dans les narines et je lui enfoncerais des épines sous tous les ongles. On éternue à ravir, et l’on ne sait où fourrer ses mains. »
«-Moustakas était un des cuisiniers de la bande. Il proposa de me faire cuire à petit feu. »
Nul ne sait où le prisonnier trouve la force d’entendre et de rapporter ces mots, mais le plus étonnant est la présence d’un moine au milieu de ce petit cénacle de tortionnaires :
«-Moustakas est trop méchant. On peut bien torturer le milord sans le brûler tout vif. Si vous le nourrissez de viande salée sans lui permettre de boire, il durerait longtemps, il souffrirait beaucoup, et le Roi satisferait sa vengeance sans encourir celle de Dieu. C’est un conseil bien désintéressé que je vous donne ; il ne m’en reviendra rien ; mais je voudrais que tout le monde fût content, puisque le monastère a touché la dîme. »
Les brigands ? … des tortionnaires qui délibèrent en conseil … Les moines ? … des collecteurs d’impôt soucieux de contenter tout le monde … Le prisonnier ? … qu’il s’estime heureux de ne pas mourir !… et Dieu dans tout ça ? … il paraît que ce n’est pas si grave !
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