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… près des eaux vertes et luisantes de Parga ! Située sur la côte ouest de la Grèce continentale en Epire, Parga en a vu de toutes les couleurs : d’abord et tous ensemble Barberousse, ses copains pirates et les Vénitiens, puis l’Autriche, et encore les Français qui s’en sont servis de base arrière pour aider les habitants de Souli, et les Anglais qui finalement la vendirent à son pire ennemi Ali Pacha, le sanguinaire pacha de Ioannina. Cette fois-ci c’en est trop ! Les habitants de Parga déterrent leurs morts, emportent leurs ossements et s’enfuient vers Corfou, pourtant aux mains des Britanniques… Ils y resteront presque cent ans. Georges Séféris s’en souviendra dans un poème où il compare la trahison de 1819 avec la traque des communistes grecs par les Anglais du général Skobie :
Ο ύπνος είναι βαρύς τα πρωινά του Δεκέμβρη.
Κι ο ένας Δεκέμβρης χειρότερος απ’ τον άλλον.
Τον ένα χρόνο η Πάργα τον άλλο οι Συρακούσες·
κόκαλα των προγόνων ξεχωσμένα, λατομεία
γεμάτα ανθρώπους εξαντλημένους, σακάτηδες, χωρίς πνοή
και το αίμα αγορασμένο και το αίμα πουλημένο
και το αίμα μοιρασμένο σαν τα παιδιά του Οιδίποδα
και τα παιδιά του Οιδίποδα νεκρά.
Le sommeil est lourd, les matins de Décembre.
Et chaque Décembre est pire que l’autre.
Une fois c’est Parga et l’autre, Syracuse ;
Ossements des ancêtres exhumés, carrières
pleines d’être humains épuisés, estropiés, sans souffle,
le sang acheté, le sang vendu,
le sang partagé comme les enfants d’Oedipe,
et les enfants d’Oedipe, morts.
Extrait du poème Τύφλος.
Traduction: GP. Photo: (c) tous droits réservés à GP.