Le pouce du potier …

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Μάρκος et Αγγελική m’invitent à boire l’apéritif dans leur cave. Je descends l’escalier étroit en me tenant à la petite rampe de bois et tout à coup, c’est l’émerveillement… Bien rangées les unes contre les autres, légèrement penchées vers l’intérieur contre les murs des fondations – comme les enfants entassent leurs vélos contre un arbre – une petite centaine d’amphores m’attend dans l’obscurité et la fraîcheur ! Je comprends que la maison de mes amis a été bâtie sur un ancien entrepôt et que depuis plus de vingt siècles ces amphores y dorment ignorées de tous, sauf des propriétaires des lieux … Parmi toutes les sortes d’amphores, celles que je préfère, ce sont bien les amphores de la cave à vin de Μάρκος dépourvues de tout décor, dans la beauté de la terre cuite brute. Elles ont transporté du vin dans toute la Grèce, elles sont très résistantes, leur paroi est épaisse – souvent plus de 1,5 cm – et leurs lignes semblent lourdes. Leur pied – le cul d’amphore- est assez large car il fallait les stabiliser en l’enfonçant dans le sable de la cale où  elles ont voyagé. La cargaison du bateau était soumise à rude épreuve. Sur la paroi d’une amphore qui a « vécu » entailles, coups et arrachements racontent une histoire. Avec de la chance on peut même apercevoir à la base de l’anse la trace ( invisible sur une amphore richement décorée ) du pouce du potier qui a appuyé vigoureusement pour la sceller au col.  Empreinte digitale légère et émouvante que l’on effleure, sur laquelle on place son propre pouce, qui nous transporte des siècles en arrière et nous relie intimement au potier qui a façonné cette belle amphore commune… nous qui buvons un verre de vin blanc bien frais dans la cave de Μάρκος !

Photo: Cul d’amphore aperçu dans un jardin. (c) tous droits réservés à GP.

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