Liberté, Egalité, Fraternité, ça ne vaut que pour la France ?

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Léon Heuzé n’a rien d’un révolutionnaire. Il ne mentionne nulle part la révolution grecque, il ne remet pas en question les frontières pas plus que le régime de la Turcocratie pour les populations grecques des territoires qu’il traverse. S’il s’intéresse aux prouesses des andartes – les partisans grecs- c’est qu’elles ont donné le jour à des chansons populaires dont il recueille les différentes versions. S’il parle d’exactions, elles sont plutôt le fait d’Albanais, le brigand Katarakhias en particulier. Pas une fois, il n’évoque l’intolérable perte de liberté, ce qui est assez étrange pour un Français dont le pays vient d’adopter une dizaine d’années plus tôt la devise : Liberté, Egalité, Fraternité ! Il se contente de dire que la Turcocratie est mauvaise en elle-même pour les populations, car c’est un système féodal injuste : «  Malgré les nouvelles lois, le régime de la glèbe existe encore, mais ce n’est pas toujours dans des conditions d’équité qui pourraient le rendre tolérable pour le cultivateur . »

Il reconnaît même une sorte de bon vouloir de la part des autorités ottomanes, mais derrière lequel apparaît tout de même le spectre de l’arbitraire. « Tournavo jouissait d’une certaine liberté, la ville n’ayant été occupée qu’à la suite d’une capitulation, par Turkam-bey, le conquérant de la Thessalie. Ces droits étaient la libre circulation du principal magistrat chrétien ou Khodja-Bachi et la possession de l’autonomie municipale, autant du moins que les Turcs voulaient bien la respecter. »

C’est un homme de son temps et de sa condition qui parle, un homme qui prône l’ordre, qui ne risque rien, éloigné de cette injustice qu’il décrit sans indignation. Le spectacle de l’esclave noire qui est à vendre ne le touche pas. Il se contente de noter que la scène ressemble à celle de La case de l’oncle Tom. Encore un souvenir littéraire ! Il signale également que les femmes turques séduites – sans doute violées- par les cosaques sont en prison, sans songer que les homme pourraient y être aussi et prioritairement !

L’injustice ne le touche que si c’est un homme qui la subit, et un homme qu’il connaît. Sa compassion ne va pas au peuple grec dans son ensemble dont il n’évoque jamais l’oppression dans son principe même. « Là, je me renseigne comme à l’ordinaire, sur la condition des paysans. Le propriétaire, Hassan-bey, les déplace à sa volonté, bien que lui-même, à l’heure actuelle, tienne un homme en prison pour avoir cherché à quitter son tchiflik. »

 d’après le livre de Léon HEUZE « Excursion en Thessalie Turque en 1858 »

Photo: (c) tous droits réservés à GP.

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