Raid sur Délos, II (suite)
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Après une pause, c’est au tour d’un archéologue confirmé, chercheur au CNRS d’exposer les conditions de fouille, de montrer les différents plans de l’île et des vestiges, du plus ancien jusqu’aux plus récents. Il explique les techniques et leurs difficultés, il décrypte, nous parle des outils et des instruments de mesure qu’ils utilise, de la façon dont sont rédigés les cartes et les plans du site, des problèmes rencontrés pour les rendre lisibles… et de son théodolite ! C’est un échange très positif entre les étudiants et les archéologues, portant aussi bien sur des questions historiques et techniques que sur leur vie à la maison de fouilles et leur organisation du travail. L’atmosphère est studieuse mais très détendue. Nous sommes conscients que peu d’étudiants, peu d’enseignants ont été assis à notre place et que nous avons une chance folle de voir ce que les touristes ne voient jamais. En général, on part à 8h30 de Mykonos et on repart de Délos vers 12h 30, 13h dans le meilleur des cas. C’est à dire qu’on a juste le temps de faire le tour du site au pas de course et qu’on doit choisir sans cesse : ou bien on visite le musée, ou bien le quartier de la synagogue, on ne peut pas tout voir. Et ne parlons pas des maisons en cours de fouilles qu’on ne voit jamais ! Ce n’est pas que ce soit interdit, au contraire je crois que les archéologues, qui sont perdus dans la « pampa » de Délos, seraient bien contents de parler à un touriste égaré, mais encore faut-il savoir où se diriger au milieu des cailloux et des plantes qui vous griffent les mollets ! Puis la cuisinière vient nous annoncer que le repas est prêt et qu’il faut ranger tables et chaises. Ce repas pris en commun est très apprécié de tous et il nous fait mieux comprendre la communauté d’esprit de l’Ecole Française d’Athènes. Les chercheurs sont de toute façon là pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Bien sûr, ils s’échappent à Mykonos et même à Athènes, mais leur camp de base reste sur l’île de Délos. Il faut qu’ils arrivent à vivre ensemble, loin de tout. Le repas est simple mais excellent. Tout le monde dessert la table et je sens que nous gagnons des galons auprès de la cuisinière grecque. Plus tard, je l’entendrai demander : « Που είναι τα παιδιὰ ; » « Où sont les enfants ? » preuve qu’elle nous a déjà adoptés … L’après-midi est consacré à la visite du sanctuaire. Il bruine toujours, une étudiante pleine de bonne volonté transporte appareil photo et trépied et nous suivons Sophie, comme un seul homme ! Dès le début, elle sait se mettre à notre portée, intéresser chacun et nous faire partager sa passion. A sa suite, nous nous déployons au milieu des fleurs et des herbes folles qui arrivent jusqu’à la ceinture. Dans des conditions pas très faciles pour elle – le vent souffle et couvre un peu sa voix … et il bruine encore – elle nous parle pendant plusieurs heures sans discontinuer et n’élude aucune question, approfondit nos remarques, les replace toujours dans le contexte historique et fait des comparaisons. Nous visitons ainsi le sanctuaire pas à pas jusqu’à 18h, sans jamais ressentir de lassitude mais nous sommes trempés par ce crachin qui persiste !
Photo: Délos, colonne ionique. (c) tous droits réservés à GP.