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Et à tous les points de vue… Imaginez qu’au lieu d’être le dieu de la vigne et du vin, il soit devenu au fil des siècles le dieu du Coca-cola ! De plus il se balade en bateau à voile élégant et d’une facture qui rappelle les poissons, étendu sur des coussins et entouré de dauphins virevoltant jusque dans le ciel … C’est du moins ce que nous montre la coupe à figures noires, datant du –VI°, qu’on peut admirer au musée de Munich. La facture de cette coupe est très belle : le tracé du peintre Exékias à la fois précis et stylisé, les couleurs allant du blanc de la voile au noir foncé, le fond rouge orangé avec des irrégularités qui donnent de l’authenticité, la composition du dessin toute en courbe épousant l’arrondi de la coupe, la ronde des dauphins qui la borde. Si on regarde bien, on voit que tout est très régulier et ordonné et pourtant complètement fantaisiste. Les poissons continuent leur ronde à un endroit qui manifestement n’est plus dans la mer. On ne sait qui conduit le bateau, Dionysos a l’air affalé et pourtant aux aguets, le gonflement de la voile arrondie en miroir de la coque du bateau correspond davantage à des considérations esthétiques qu’à des manœuvres nautiques et jusqu’à cette treille réduite au minimum tout en occupant presque une moitié de la surface. Cette vigne est complètement surréaliste pour ne pas dire loufoque. Oui, je sais que la vigne de l’Antiquité poussait la plupart du temps enroulé sur des arbres, comme la liane qu’elle est… Mais quand même ! Nous sommes dans un bateau, bien sûr il n’y a pas de terre, la vigne est enroulée autour du mât et elle déploie largement ses sarments qui s’étalent sans souci du vent et personne ne sait comment et à quoi ils sont attachés. En fait, ils ne semblent pas attachés du tout… Et ces grappes monstrueuses qui pendent sans infléchir les sarments, ces feuilles ridiculement petites et tout à fait contraires à ce qui se produit sur un vrai cep, dans une vraie vigne… Vous me direz, c’est la vigne de Dionysos, on peut s’attendre à ce qu’elle soit extraordinaire. C’est entendu ! Le dessin d’Exékias est réaliste alors que sa vision de la scène est parfaitement irréaliste et moi, je trouve ça magnifique !