Mon tee-shirt crétois fait encore des siennes !

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Je suis invitée par Anne-Marie, qui vient de perdre sa mère, à une cérémonie religieuse dans l’église du petit village audois qui l’a vu naître. En retard, je me faufile discrètement jusqu’à ma chaise quand j’entends le jeune officiant m’interpeller d’une voix forte : «  Qu’est-ce qu’il y a sur votre tee-shirt ? » Décontenancée, je susurre : « C’est du grec… » Le jeune prêtre insiste : « Comment ça se dit en grec ? » Toutes les chaises se tournent vers moi, mon amie fait un grand geste d’impuissance avec les bras et moi… me voilà en train de dire en grec la phrase de Kazantzaki : « Δεν φοβάμαι  τίποτα, δεν ελπίζω τίποτα, είμαι ελεύθερος ! » Je me dis : ça y est, ma minute de honte est finie …. Eh bien, non ! Le jeune curé s’amuse et il me redemande : « Et ça veut dire quoi ? » Je veux en finir et retourner à mon anonymat, si c’est possible… Quand je dis «  Je ne crains rien », je sens un remous parmi les chaises des mamies du village car enfin dans une église le minimum syndical c’est bien de craindre dieu… Et plus ça va plus je m’enfonce : « Je n’espère rien ». Ca, c’est tout à fait contraire à l’espérance évangélique. Je regarde les mamies toutes en réprobation, je regarde le curé tout en amusement et le sourire au coin des lèvres, je regarde mon amie qui cache son visage dans ses mains et je me dis : J’en ai pour une bonne décennie à me tenir à carreau pour retrouver l’estime de mes voisines … Maintenant, autant boire le calice jusqu’à la lie : «  Je suis LIBRE ! » Les chaises se retournent avec fracas, Anne-Marie est soulagée que ce soit fini et moi aussi … mais est-ce que j’ai vraiment entendu un bref éclat de rire avant que le prêtre ne se replonge dans son homélie ?

Photo: Karpathos, Diaphani. (c) tous droits réservés à GP.

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