J’en ai marre !

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On a 13/14 ans, on rentre de l’école à pieds avec un cartable surchargé du dictionnaire Bailly qui démonte l’épaule et oblige à le changer de main tous les 100 ms…  Dès qu’on arrive à la maison, on n’a pas le temps de s’amuser. Si certains professeurs oublient quelquefois de donner un devoir, le professeur de grec ancien n’oublie jamais. On ouvre Georgin ou Ragon pour la leçon : les  optatifs des verbes moyens. C’est très long et dur à retenir et surtout on ne voit pas très bien à quoi ça sert … Puis la traduction de 3 phrases de version et 3 phrases de thème, généralement longues et alambiquées : « Je crois que, séparé de vous, je ne serais pas en état de repousser un ennemi ». On est en 4ème et on n’en a rien à faire de Xénophon, ni de l’ennemi d’ailleurs !  On en a pour une bonne heure, car on n’a jamais eu l’idée d’apprendre par coeur le vocabulaire. Le résultat, c’est qu’on passe son heure penché sur le dictionnaire à vérifier tous les mots. La scoliose et le port précoce de lunettes guettent ! Qui supporterait un pareil sacerdoce aujourd’hui ? Sans doute personne…  Et encore on ne savait pas qu’on aurait affaire très bientôt aux verbes en –μι, qui sont comme des voisins inquiétants et pervers ! Je mets au défit n’importe quel ancien helléniste de penser aux verbes en –μι sans ressentir un grand frisson d’angoisse … On disait que l’étude du grec allait structurer l’esprit, canaliser l’imagination, améliorer le français, ouvrir l’esprit, donner accès à l’excellence … et c’était vrai … J’ajouterais : savoir en Grèce dans quelle rue on se trouve, remercier la marchande de glaces sans déclencher d’hilarité et constater en déchiffrant a posteriori le placard sur le poteau téléphonique que la coupure d’électricité avait bel et bien été programmée ! 

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