Temps de lecture: 3 minutes
En relisant le livre « Le roi des montagnes » écrit par Edmond About il y a presque deux cents ans, je me délecte de tant de verve, d’esprit retors, de couleur locale et il faut bien le dire … de mauvaise foi ! Quand About a quelqu’un « dans le nez », rien ni personne ne trouve grâce à ses yeux. Tout d’abord les Grecs : « Ce peuple est lugubre comme une ruine », puis … la route est interminable, les Anglaises insupportables, le paysage affreux, les moines sales, les chiens féroces, les puces acharnées … jusqu’aux bandits grecs qu’il fait redescendre dare-dare du piédestal où la littérature romantique les avait mis !
Les pallikares, avec leurs grands sourcils broussailleux, leurs moustaches et leurs habits poussiéreux, ressemblent plutôt à des fauves ou pire à des créatures maléfiques :
« La seule différence qui existe entre les diables et les brigands, c’est que les diables sont moins noirs qu’on ne le dit, et les brigands plus crottés qu’on ne le suppose. »
« Chaque animal se colore suivant son domicile et ses habitudes : les renards du Groenland sont couleur de neige ; les lions, couleur du désert ; les perdrix, couleur de sillon ; les brigands grecs, couleur de grand chemin. »
Si personne ne connait exactement la couleur des grands chemins, chacun peut se faire une idée de la roublardise des brigands qui exigent de leurs prisonniers un code de bonne conduite qu’ils n’ont pas eux-mêmes ! Pour leur train-train habituel ces bons chrétiens qui récitent leurs prières prennent l’argent des voyageurs, établissent des rançons au pro rata du revenu de leurs prisonniers, redonnent quelques pièces au guide pour qu’il rentre chez lui sans crainte de revenir avec d’autres voyageurs, recomptent les sous de leur butin avec les moines, payent les soldats de l’armée régulière pour qu’ils les laissent tranquilles et, même mieux, fassent le coup de feu avec eux … Ca, c’est pour le côté sympathique …
Photo: (c) tous droits réservés à GP.