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Ce plat byzantin en terre-cuite partiellement reconstitué, peint en ocre et datant du +XII°, a été retrouvé sur le site de l’Ancienne Corinthe. Il représente le héros mythique grec Digénis Akritas – l’akrite c’est-à-dire le garde des frontières orientales de l’empire- dans une scène touchante. Quant on parle de Digénis Akritas, en général on est dans l’hyperbole, c’est le héros qui combat 100 guerriers, qui court plus vite que les chevaux… etc … Mais ici, nous avons une scène familière et naïve qui le représente dans une posture affectueuse réservée d’ordinaire à la vie privée. On n’imagine pas vraiment ce pourfendeur de guerriers arabes assis sur un tabouret, dont le piètement en X richement orné atteste qu’on est plutôt dans un palais que sur le champ de bataille, et enlacé avec une princesse signalée par sa couronne. Peut-être sont-ils dans le palais magnifique qu’il habite sur les rives de l’Euphrate ? Tout concourt à la naïveté de la représentation : au niveau du marli, le double trait qui encadre la scène est franchi par les pieds des personnages et du fauteuil, qui n’ont pas trouvé de place dans le cercle central ; le décor de montagnes, qui vient combler l’espace de part et d’autre des personnages, réduit en pointes enneigées ; la robe de la princesse figurée par des traits parallèles et ce nombril incongru qui semble suggérer que la demoiselle est à moitié nue ou du moins qu’elle porte une robe transparente. Beaucoup de maladresses également dans le dessin : On ne sait pas vraiment comment sont positionnés les personnages sur le fauteuil ni comment la princesse tient sur les genoux de Digénis, elle a l’air comme suspendue dans une position inconfortable et glissante ; les mains recourbées en griffes sont reliées directement aux bras, traités en amas compacts depuis le cou ; les chevelures en boucles tombantes pour Digénis et retenues en ondulations ordonnées pour la princesse. Malgré tous ces bémols, la scène est attachante et même touchante : le traitement original du héros qui ne combat plus mais se repose, l’affection des amants révélée par l’embrassement étroit des personnages, le caractère confidentiel de la scène, la symétrie de la représentation, et n’oublions pas les yeux énamourés de Digénis et de sa princesse ! Par-delà les massacres et les razzias, Digénis était donc capable de faire les yeux doux à sa belle …
Photo: Musée, Ancienne Corinthe. (c) tous droits réservés à GP.