Comment rouler un higoumène … 3

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Voilà notre Léon Heuzey devant le coffre aux chrysobulles. Il en choisit quelques unes pour les examiner à loisir dans sa cellule. L’idéal serait de pouvoir les copier, mais comme il le raconte dans son livre Excursion dans la Thessalie Turque, en 1858 : « Dans ces esprits absolument étrangers aux choses de l’érudition, cela peut éveiller je ne sais quelles suppositions invraisemblables, par exemple que ces copies ne soient ensuite retournées contre les droits du couvent. » On voit bien que les préoccupations des moines sont surtout tournées vers les biens de ce monde ! Léon Heuzey s’apprête donc à tromper les pauvres moines, en priant dieu qu’ils ne s’aperçoivent de rien. Première étape : «  Pendant que les pères sont près de moi, je replace négligemment le dossier byzantin sur la planche haute où il était remisé, comme si j’avais encore à la consulter, mais sans aucune hâte. » Deuxième étape : « Après le dernier service (du dîner), la conversation des bons pères devient languissante ; ils se lèvent l’un après l’autre et s’en vont bientôt d’un pas alourdi. J’avoue que je comptais un peu sur cette heure de sieste (…) c’est un nouveau laps de temps assuré à mon travail de copie. » Troisième étape : «… je commence mon travail de copie en grande vitesse. J’ai devant moi trois bonnes heures de solitude, sans compter que ma porte est fermée au verrou et que le verrou est poussé. » Après étude plus poussée, Léon Heuzey découvre que le couvent ne possède pas à proprement parlé de bulle royale, mais comment le dire sans révéler ses propres manipulations ? L’higoumène peut dormir tranquille …

Photo: Paros, couvent fortifié. (c) tous droits réservés à GP.

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