Pauvre Ismène !

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Ce vase de l’époque géométrique représente l’assassinat d’Ismène par Tydée. Sur la panse, la scène est encadrée par des traits et un cavalier posté en embuscade.  Sa couleur noire montre qu’il est du côté des assaillants de même que l’homme brandissant un glaive, alors que les personnages,  qui sont des victimes (même le chien), sont peints en blanc sur fond ocre.  Le personnage féminin est de rang important. On le voit à des détails comme  les pieds du lit ornés de palmettes et la couverture richement brodée de motifs en écailles. La couverture, justement, qui la recouvre partiellement ainsi que sa nudité montrent bien qu’il ne s’agit  pas d’un lit de banquet mais d’un lit de repos, qui deviendra son lit funèbre. Malgré l’assaillant qui la menace, Ismène n’a pas l’air plus effrayée que ça…  Imaginons l’agitation qui serait la nôtre, si nous étions confrontés à une telle situation. … Or, à demi allongée sur son coude gauche sous une couverture bien étendue sans un pli, seul son bras droit élevé en défense… tout semble montrer qu’elle a été surprise dans son sommeil.  La scène est saisie dans l’instant de sidération qui précède la riposte. Le personnage noir identifié par les inscriptions comme Tydée est en position d’attaque. Son corps penché en avant et une grande enjambée montrent le mouvement d’élan qui le fait se précipiter sur Ismène. Sa main gauche suffit à elle seule à enserrer fortement  le bras droit d’Ismène, sa main droite brandit une épée dirigée vers le flanc de la femme. Il est nu lui aussi, comme c’est l’habitude pour les athlètes et les guerriers de l’époque géométrique. Ses cuisses hypertrophiées aux muscles soulignés d’un trait plus clair sont signe de puissance et de force. Tout en lui est fait pour montrer sa détermination et pour inspirer la peur à Ismène. Pendant qu’elle est en mauvaise posture, que font les autres personnages ? Le chien reste bien caché sous le lit au lieu de défendre sa maîtresse et de sauter à la gorge de Tydée, et son amant  Théochyménos s’enfuit à la course ! Pour lui, c’est sauve qui peut ! La position des bras et la grande enjambée d’un sprinteur, le mouvement des jambes vers l’avant tandis que la tête regarde en arrière pour savoir où en est la situation, tout indique la peur. Le chassé-croisé des jambes de Tydée et de Théochyménos indique bien la concomitance de l’attaque et de la fuite.  Pauvre Ismène ! 

Photo: (c) tous droits réservés à GP.

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