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C’est bien ce que je me demande en visitant le site de Mistra. Pourquoi autant d’églises (au moins 5), de chapelles (environ 20) et de couvents (4 ou 5, ça dépend comment on compte) ? Aussitôt, je pense au Mont-Athos (plus de 45 sites religieux, dont 20 couvents, sans parler des scythes, des grottes…). Pourquoi cette manie de concentrer des édifices religieux dans un même endroit ? A la rigueur on peut expliquer la floraison de monastères au Mont- Athos par le fait que c’est l’endroit idéal pour vivre dans l’isolement … quoique à force de s’entasser au même endroit, l’argument de l’isolement tombe de lui-même … N’oublions pas qu’à une certaine époque plus de 700 moines vivaient à La Grande Lavra, pour ne parler que de ce monastère ! Et l’argument du pouvoir ? Est-ce parce qu’en ayant créé un état théocratique où aucune autorité séculière n’a le droit de mettre le nez, les moines font finalement ce qu’ils veulent ? Pas si sûr, car les moines sont surtout bons à travailler et à obéir à l’Higoumène… D’un point de vue stratégique et prosélyte, ne vaudrait-il pas mieux que les monastères soient dispersés sur tout le territoire ? L’histoire est plus compliquée que ça ! Dès le VII° siècle, les périls constitués par les pirates, les Arabes et les Iconoclastes font que les moines se replient au Mont Athos. Quant à Mistra, c’est le fief des Francs et dès le XIII° siècle, chaque despote de Morée (qu’il appartienne à la famille des Cantacuzène, des Comnène ou des Paléologue) rivalise avec ses prédécesseurs pour faire de sa ville la vitrine de son pouvoir. Il est un peu paradoxal que des chefs militaires fassent construire des églises richement décorées avec des fresques magnifiques, mais ce sont autant de marqueurs de richesse, de culture et de puissance ! Et c’est pour ainsi dire le même refrain pour le Mont Athos, compliqué par le fait que des puissances étrangères sont également dans la course : Serbes et Russes. Même les Turcs, pourtant opposés aux Grecs, ont contribué au rayonnement de l’Athos, en lui concédant pendant la Turcocratie la liberté de culte, ce qui a eu pour corolaire d’en faire un bastion de la culture hellénique.
Photo: Mistra.