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Vous déambulez au hasard, peut-être en regardant la mer toujours proche en Grèce, du moins en arpentant des étendues isolées et arides sur un promontoire calcaire, en cueillant les pompons d’hélichryse qui laissent une odeur d’arnica sur les mains, en admirant les hampes des asphodèles maintenant un peu racornies en cette fin de saison, en secouant de vos vêtements les traces tenaces des marguerites jaunes, en marchant exprès sur les touffes de thym pour garder encore longtemps leur odeur … et il faut bien le dire en faisant bien attention aux coussins de piquants rebondis et desséchés encombrant le passage … et tout d’un coup devant vos espadrilles vous apercevez une forme longue et blanche dépassant à peine de la caillasse. Vous vous penchez, vous grattez un peu la terre dure et sèche avec un bout de bois ou un gros caillou et vous mettez partiellement à jour une surface plus grande qui vous permet de dire avec aplomb, tel un archéologue diplômé : « C’est une colonne de marbre blanc ! » Et alors vos neurones se mettent à marcher à toute vitesse : « Mais qu’est-ce que ça vient faire là ? Comment est-ce arrivé dans un endroit pareil, accidenté et isolé de tout ? Il n’y a pourtant pas de marbre sur ce plateau calcaire ? Est-ce qu’il y en a d’autres ? Ca date de quand ? Est-ce qu’il y avait des gens qui vivaient ici dans l’Antiquité ? Qu’est-ce qu’il y avait ici avant ? La colonne a l’air assez haute, elle a même un tore et un scotie à l’échine, est-ce que c’est celle d’un temple ? Pourquoi c’est enterré partiellement ? Est-ce la pluie et le vent qui l’ont mise à jour ? Est-ce qu’en grattant encore, je pourrais la mettre complètement à nu ? Est-ce que j’ai bien le droit de faire ça ? Si un imbécile la voit, il va peut-être la fracasser en essayant de l’emporter ? Si je la laisse enterrée, n’est-elle pas plus protégée ? » Voilà ! En 2 minutes, vous avez fait le tour de la question…
Photo: Karpathos, Arkassa. (c) tous droits réservés à GP.