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…c’est du moins ce que mes étudiants ont craint l’espace d’un moment ! Je forme avec quelques-uns d’entre eux l’arrière-garde d’un groupe assez fourni revenant de Lato. Au détour de la petite route de castine qui mène et ramène du site archéologique vers Kritsa, me voilà quasi alpaguée par un Crétois en costume traditionnel : braies noires, gilet, coiffe à franges et doté d’une belle paire de moustaches ! Ca ne date pas d’hier, disons d’avant-hier … Me voilà en train de discuter, de parler de la pluie et du beau temps et justement le temps passe… L’avant-garde est déjà arrivée depuis longtemps sur le parking, les étudiants qui sont avec moi s’impatientent, me font des signes et moi, je tente comme je peux de me libérer de mon berger qui s’approche lentement de moi et me regarde droit dans les yeux. Cette fois-ci c’en est trop ! Mes étudiants prennent peur… de quoi exactement ? Je ne sais pas : du grand couteau passé dans la ceinture du berger et de celui qui dépasse de sa botte, de son air farouche, de son intonation qu’ils ne comprennent pas ? Moi, je n’ai pas peur du tout : le berger me parle de sa fille qui a des chambres à louer et je crois que c’est surtout son business qui l’intéresse, les couteaux sont toujours sagement rangés, le regard est avant tout normal pour un vieux Crétois qui manifestement s’ennuie avec ses moutons et a envie de discuter. Et puis, il a au moins 30 ans de plus que moi, des dents en mauvais état et il dégage une forte odeur de mouton … A ma grande surprise, je vois mes étudiants détaler au plus vite et revenir 3 minutes plus tard avec mon mari toujours au pas de course ! J’ai envie de rire, mais mon vieux berger, lui, ne rit pas. Il a bien compris la situation et il est vexé ! Il s’éloigne lentement et retourne à ses moutons et moi aux miens… A chacun son troupeau !
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