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Lorsque nous arrivons au café d’Apéri près de la fontaine dans le tournant de la route qui va à Othos, musiciens et chanteurs sont déjà installés à une longue table devant des bouteilles de bière. Peu de monde dans le café : les deux ados de l’après-midi sont là et deux ou trois consommateurs à d’autres tables. C’est dire que l’arrivée de 8 Français fait sensation et pourtant nous nous faisons tout petits et discrets. Vassili se retourne et nous fait un grand sourire, le joueur de laouto lève la main pour nous saluer. Rien de solennel ni de vraiment organisé mais plutôt une réunion entre amis. Quand le serveur s’approche de notre table et que nous commandons les consommations, nous tenons à offrir à la table de nos musiciens grecs des boissons et chaque fois que les voisins de notre table boivent un coup, ils se tournent vers nous en levant leur verre . Je m’apercevrai plus tard au moment de payer que, si les Français ont offert à boire aux Grecs, les Grecs ont offert à boire aux Français ! Les chants reprennent, j’écoute et je ne comprends pas tout : pas de micro, voix un peu rauques et basses, phrasé inhabituel, sans doute aussi mots dialectaux et tournure de phrases ancienne, mais je comprends le sens général, les thèmes abordés qui sont l’amour, la nature et les relations villageoises, et la structure des poèmes chantés : un chanteur lance un ou deux vers de 15 syllabes et il les répète. C’est plus une litanie qu’une mélodie. Pendant ce temps les voisins de table les reprennent en choeur, je vois que nos deux ados se prêtent volontiers au jeu bien qu’ils jettent des coups d’oeil sur leur téléphone portable et consultent l’air de rien leurs messages. C’est assez rigolo ce mélange de chants venus de la nuit des temps et le modernisme ambiant … Les répétitions permettent à l’autre chanteur d’imaginer la suite et de composer un autre distique qu’il répète et que toute la table reprend ensuite. Je remarque que chaque chanteur a environ une à deux minutes pour faire marcher ses méninges et parfois apporter une variante au chant. Ce que je vois, ce que j’entends n’a rien à voir avec les reprises folklo-traditio-mercantiles habituelles. Nous sommes dans un autre monde, nous ne sommes pas devant une scène, spectateurs captifs d’un spectacle arrangé. Nous sommes dans un vrai café avec des gens normaux, qui chantent avec une voix non travaillée des mots qui leur passent plus ou moins par la tête au moment présent. Je remarque quand même que s’il n’y a que 2 ou 3 chanteurs, un monsieur plus âgé semble donner la première impulsion -peut-être le tempo ou le thème- et que les autres se règlent sur lui. Tout est calme dans le café, les gens écoutent en sirotant leur bière, pas de vedettes, pas d’enjeu, seulement un groupe de potes qui perpétuent une très ancienne tradition et y prennent plaisir. Je mesure la chance que j’ai, et ma famille avec moi, d’assister à quelque chose que le touriste ne voit jamais et dont il n’a même pas idée : « Merci, Merci beaucoup, Vassili !
Photo: Apéri, le café ottoman. (c) tous droits réservés à GP.