Randonnée à l’ancienne Arkassa.

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Il y a quelques années, les garçons ont décidé d’escalader l’îlot rocheux de l’ancienne Arkassa à Karpathos. Partis un début d’après-midi d’été sous le cagnard, ils ont été récupérés le soir couverts de coups de soleil et au bord de l’apoplexie, avec une soif dévorante que plusieurs bières Mythos ne suffirent pas à étancher… Leur récit, mélange de ravissement et de soupirs suffit à me convaincre que l’expérience était à exclure par beau temps et grand soleil, et qu’il valait mieux attendre un ciel tristounet et un bon petit vent pour tenter l’aventure. Le temps un peu frais de la Pâque cette année me décide à y amener ma famille. Départ du petit détroit qui relie la presqu’île rocheuse à la plage de l’Arkassa moderne. Vers la droite nous montons dans les pierrailles, les grandes marguerites jaunes dont le pollen s’incruste durablement dans les vêtements et, il faut quand même le dire, les chardons particulièrement vigoureux… Tout à coup, c’est l’impasse devant un bloc rocheux infranchissable. Le doute m’assaille « Est-ce le bon côté pour monter » ? On voit depuis la grande route le site minoen juste au-dessus, mais manifestement on ne monte pas par là, je suis perdue et je téléphone aux garçons en France, car je n’en suis pas à une excentricité près !  « On peut descendre par la droite (vais-je devoir descendre en glissant sur les fesses jusqu’à l’hôpital le plus proche ?) mais il faut monter en contournant l’îlot par la gauche »… Cette première déambulation a raison d’un participant qui préfère attendre sur la plage. Nous montons dans les herbes folles, les cailloux, les piquants, les éboulis. La nature a repris ses droits depuis la saison dernière et on ne voit plus le sentier.. Je me récite la litanie bien connue de tous les trouillards : «  Il n’y a pas de serpents en cette saison, il n’y a pas de serpents en Grèce, il n’y a pas de serpents dans les îles ». Et toute à ma prière, je ne sais pas trop où je vais sans toutefois l’avouer ! Nous perdons un autre marcheur qui s’assoit sur une grosse pierre, le découragement nous guette et certains m’avoueront plus tard avoir été près de renoncer. Moi je dois résister, car c’est bien moi qui les ai tous entrainés dans les piquants et les éboulis ! Le site minoen se fait désirer, à chaque fois que je pense arriver sur le petit plateau, j’aperçois un amoncellement de pierres comme un immense dragon assoupi sur la crête. Je compte au moins 2 dragons, 2 descentes, 2 remontées et un énorme trou bâti qui évoque une ancienne citerne envahie de figuiers. Tout à coup sur la droite, une grande esplanade domine la mer à 360°, entourée de murs de pierres sèches de plusieurs mètres d’épaisseur. Sur le côté, quelques restes de bâtiments minoens avec un bel appareillage, sans doute réaménagés en  abris par des bergers. Devant nous, une vaste agora bien plate où parmi les folles avoines subsistent quelques colonnes de marbre : avec chapiteaux et sans cannelures, certaines couchées, d’autres tronquées, d’autres encore debout en sentinelle au-dessus du cordon de la presqu’île… C’est sauvage, désert, tranquille et magnifique !

Photo: Ancienne Arkassa, Karpathos. Derrière la ville moderne. (c) tous droits réservés à GP.

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