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Vendredi-Saint, procession du soir à Pighadia, la capitale de l’île de Karpathos. Nous nous pressons car la procession dans les rues commence dès que la nuit tombe. Quand on demande aux gens l’heure du rassemblement devant la grande église, personne n’en sait rien. Certains disent 22 heures, d’autres 21 heures, la marchande de fruits et légumes demande à son cousin, Alexandre téléphone à sa mère qui est à l’église et son père Andréas nous dit qu’il n’en sait rien car, justement comme sa femme est à l’église, il ne peut pas le lui demander… Bref ! Nous essayons de nous garer comme nous pouvons au milieu d’autres automobilistes qui cherchent, comme nous, une place pas trop loin de l’église principale, le ιερός Ζωοδόχος. Les habitants de Pighadia, et sans doute aussi de quelques villages alentours, se regroupent sur la place et la procession s’organise lentement : devant les popes avec les encensoirs, les enfants de choeur portant les bannières et des hommes costauds les chasses des saints, puis les fidèles qui suivent en priant, en chantant les psaumes ou bien en discutant tranquillement avec leurs voisins. Les enfants endimanchés courent un peu partout et l’atmosphère n’est pas triste, contrairement à la procession athénienne qui se déroulait naguère au son de la Marche funèbre de Beethoven en vous prenant littéralement au ventre. Je n’ai pas averti mes amis que les habitants depuis leurs balcons lancent sur les fidèles des fleurs et les aspergent d’eau bénite et de parfum, et immanquablement ils reçoivent sur la figure une giclée d’un liquide visqueux qui les inquiète passablement … sans doute de l’huile sainte ! Il n’empêche que quand on n’est pas averti, ça fait quand même tout drôle ! La procession va d’église en église et se dirige vers les hauteurs de la petite ville. C’est le moment où je donne la consigne de décrocher, et je ne suis pas la seule ! Déjà depuis quelques rues de petits malins court-circuitent le trajet pour retrouver plus loin les fidèles en s’épargnant au passage quelques marches pénibles à monter. Nous nous postons devant le petit belvédère en front de mer et nous suivons les lumières des cierges qui nous indiquent l’itinéraire de la procession. Ils sont au ναό Πανορμίτη, nous avons encore le temps ! Et tout à coup la procession surgit non pas en front de mer comme je m’y attendais, mais juste devant nous à quelques mètres. C’est l’occasion d’admirer les ostensoirs brillants, les chasubles brodées d’or du clergé et les chants rituels. La procession revient vers l’église où elle s’est formée et pour nous c’est le signal du départ, car maintenant ce qui nous préoccupe, c’est comment sortir les voitures du parking avant que la cohue ne bloque tout ?
Photo: Réverbère penché à Pighadia. (c) tous droits réservés à GP.