Hermès s’amuse bien …

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Si vous allez au musée de l’Evêché à Limoges, vous verrez un revers de miroir en émail intitulé « Le jugement de Pâris ». Cette miniature datant de 1600 vous fera peut-être penser au « Déjeuner sur l’herbe » de Manet. Même décor de forêt, même contrastes de couleurs, même femmes dénudées, même homme en habit, même poses alanguies, même bras tendu, même jeux de regards entre les personnages et … le chien ! Mais le pique-nique de Manet est plus substantiel que celui de l’artiste limousin ! Dans une surface ovale, donc avec des contraintes de positionnement des personnages, un décor foisonnant représente une forêt imaginaire et très colorée où cohabitent un arbre noueux, un chien de salon avec un collier, sur une branche une chouette sensée vivre la nuit, une profusion de fleurs dorées sur une mousse dont les dégradés de vert enveloppent les personnages et l’esquisse d’une demeure dorée…. Au-dessus de la végétation, le  ciel couleur bordeaux est parcouru par un autre oiseau au milieu des rayons de soleil… Et encore au-dessus dans la partie la plus allongée de l’ovale, un personnage, couché sur le ventre et le buste légèrement relevé, se prélasse sur des nuages bleus foncés. On identifie assez facilement les personnages. En haut sur son nuage Hermès, reconnaissable au caducée qu’il tient négligemment de la main gauche, son pétase ailé sur la tête et ses bottines également ailées, s’amuse bien à regarder la scène plus bas : Tunique richement ornée plus ou moins retroussée, main droite pointée vers le ciel, pieds qui s’agitent, air bonhomme et tenue décontractée… Derrière lui le soleil brille et ses rayons passent à travers les nuages et semble désigner le triangle de trois jeunes-filles debout, dénudées, le corps charnu et très blanc, avec de longs cheveux roux bouclés sur les épaules. Ceintes d’écharpes colorées parsemées pour l’une au moins de dauphins, coiffées de diadèmes et d’un étrange chapeau à étages, chacune dans une attitude différente : de face, de profil, de trois-quart face, les bras plus ou moins relevés, les jambes esquissant un pas ou bien au repos. Néanmoins elles sont tournées vers un homme assis par terre sur un talus herbeux et en équilibre instable… Richement vêtu d’une tunique bleue et d’un vêtement de dessus lie de vin avec une ceinture dorée, coiffé du même étrange chapeau à étages et chaussé de bottines montantes, il tend aux jeunes-filles un fruit que nous savons être une pomme. C’est Pâris Alexandre, prince Troyen, à l’origine de la guerre de Troie. Il a l’air bien godiche avec sa main qui se cramponne derrière lui et ses genoux en l’air et en suivant les regards d’Athéna, Aphrodite et Héra on pourrait presque deviner leurs pensées. L’indifférente regarde ailleurs, la courroucée s’apprête à tourner les talons, et au milieu l’impatiente:  « Alors, tu te décides ?»

Photo: Musée de l’évêché, Limoges, revers de miroir en émail.

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