Les récits se suivent et ne se ressemblent pas !

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C’est toujours curieux et souvent amusant de lire les descriptions et impressions des voyageurs en Grèce. On se demande quelquefois si on parle du même site et du même pays ! Prenons Delphes, site d’exception et cible préférée des voyageurs depuis des siècles, en gros depuis Pausanias jusqu’à Lacarrière : Il y a ceux qui font l’école buissonnière hors des sentiers battus et des périodes touristiques, ceux qui s’acharnent à décrire dans les détails leur itinéraire, les fous de statues et d’épigraphie, les romantiques qui déclament des poèmes sur les gradins du théâtre, ceux qui ne jurent que par Sikélianos, les spécialistes du déchiffrement des prophéties de la Pythie, les marginaux qui aimeraient se vêtir à l’antique, les panthéistes perdus dans l’interprétation du cosmos, les amateurs de fantasmagories, les palladiens qui se focalisent sur les ruines, les rochers et les arbustes chérifs, les scientifiques qui se veulent savants et rigoureux, les administratifs qui glosent sur l’organisation de l’ancien village désormais détruit par la construction de la route moderne, ceux qui veulent absolument acheter une flokati à l’ancienne, les amateurs de musique antique… Finalement chaque voyageur, pour peu qu’il montre quelque esprit d’indépendance, a dans le coeur un voyage différent. Pour moi, Delphes c’est la mer d’oliviers jusqu’à Itéa, les rochers terrifiants au-dessus des temples, l’omphalos du site protégé par sa petite rambarde de fer et celui du musée emberlificoté dans sa résille d’or, la vue sans fin depuis les starting-blocks du stade, les montagnes pelées derrière les trois colonnes de la Tholos, la cuisine fraîche de Chrysoula et le bruit des ânes qui renâclent en  revenant des champs.

Photo: (c) tous droits réservés à GP.

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