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C’est pour moi la plus belle pièce de la maison et paradoxalement c’est celle qui se trouve hors de la maison, quelquefois de plain-pied jouxtant l’entrée, quelquefois légèrement surélevée au fond de la cour, et plus généralement au dernier étage de la maison entre les cheminées, les toits des voisins, les avalanches de bougainvillées et les fers armés qui dépassent des parpaings… Quand on revient plusieurs fois de suite au même endroit, on suit les progrès de la construction, l’assemblage des galets, le détails des crocalia pour les constructeurs les plus artistes, l’élévation des poutres puis leur peinture, et enfin les amas de palmes tressées puis entrelacées entre les liteaux, les fils de fer ou les cordes qui finissent par faire un toit tout à fait acceptable du point de vue de l’étanchéité. Pour la déco c’est en général simple et sympa : des jarres, des sièges d’un autre âge ou ultra modernes dans les cafés branchés, des filets désormais réformés, du vieux matériel de gréement ou des faitouts de terre-cuite. Sur la terrasse on est chez soi, mais on peut également observer le monde. La vue peut être superbe avec la mer ou un bel eucalyptus en point de mire, elle peut également donner sur la terrasse des voisins qui discutent en écaillant les poissons avec leurs voisins de l’autre terrasse qui trient les lentilles… C’est qu’il y a toujours quelqu’un sur la terrasse : on y étend le linge, on y mange, on y prépare les grillades de poulpe, on y fait la sieste , on y dort la nuit quand il fait trop chaud et les enfants y jouent toute la journée… En général le garde-corps est bas, l’escalier est étroit et en colimaçon, le meltem peut y souffler en rafales, mais personne ne tombe jamais de la terrasse, ni παιδάκια turbulents ni γιαγιάδες tremblotantes. C’est le seul endroit de la maison où il ne peut rien vous arriver, le mauvais oeil ne doit pas pouvoir monter l’escalier …
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