Filature rue de Bucarest, 6

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d’après le roman policier de Yannis Maris Meurtre à Kolonaki.

C’est à ce moment-là que Myrthô sort de l’agence et que Dimitri, au mépris de toute bonne éducation – nous sommes dans les années cinquante et dans un pays méditerranéen où une certaine distance doit être maintenue entre les personnes de sexes différents – décide de la suivre, assez maladroitement d’ailleurs :

« Την ακολούθησε. Εκείνη πέρασε στο απέναντι πεζοδρόμιο και πήρε την οδό Βουκουρεστίου. Έξω από τον Αετό σταμάτησε. Το βλέμμα της περιεργάστηκε γρήγορα τα καινούργια βιβλία στη βιτρίνα. »

« Il la suivit. Elle passa sur le trottoir d’en face et prit la rue Voukourestiou. Elle s’arrêta devant l’Aigle. Son regard examina rapidement les nouveaux livres dans la vitrine. »

Maintenant l’errance physique de Dimitri Floras se double d’un but bien précis car, bien qu’il ne sache toujours pas où il va parvenir, il suit la jeune fille pour la persuader de l’innocence de son père et lui demander de l’aide. Ils empruntent à droite une rue avec des boutiques élégantes dans sa partie basse, la rue de Bucarest, et qui monte à la colline du Lycabette. Dans ses derniers mètres, elle se termine par des escaliers assez éprouvants que l’on peut éviter en empruntant le téléphérique d’une rue plus à droite. C’est un quartier moins animé et qui va rendre la filature de Dimitri plus difficile, voire quasiment impossible. On peut d’ailleurs se demander la véritable raison de l’arrêt de Myrthô devant la librairie l’Aigle. Peut-être vérifie-t-elle  tout simplement dans le reflet de la vitrine qu’elle est suivie ?

« Στη γωνιά Βουκουρεστίου και Πανεπιστημίου, έξω από του Ορφανίδη, η νέα σταμάτησε. Ένα ρεύμα από αυτοκίνητα, που περνούσε κείνη τη στιγμή, έκοβε το δρόμο. Ήταν μια ευκαιρία να της ξαναμιλήσει. Μα όχι. Οι άνθρωποι που έπαιρναν το ορεχτικό τους στο πεζοδρόμιο του Ορφανίδη την πρόσεχαν. Η διάβαση ήταν τώρα ελεύθερη. Η Μυρτώ Καψή πέρασε με το σίγουρο βάδισμά της απέναντι. Την ακολούθησε. Άρχισαν ν´ανεβαίνουν προς την οδὸ Σόλωνος. »

« Au coin de la rue Voukourestiou et de la rue Panépistimiou, devant l’Orphanidi, la jeune fille s’arrêta. Une ruée de voitures, qui passaient à ce moment-là, coupa la route. C’était l’occasion de lui reparler. Mais non ! Les gens qui prenaient leur apéritif sur le trottoir de l’Orphanidi la regardaient. La voie était libre maintenant. Myrthô Kapsi traversa de sa démarche assurée. Il la suivit. Ils commencèrent à monter en direction de la rue Solonos. »

Je peux confirmer qu’à cet endroit la circulation est terrifiante et le vrombissement des autos incessant, jour et nuit ! … depuis mon lointain séjour à la ΧΕΝ, auberge de jeunesse américaine située juste à l’angle de la rue de Bucarest et de la rue de l’Université. Les difficultés de circulation qui entravent et retardent sa marche sont autant d’occasions pour Myrthô soit de repérer Dimitri si ce n’est pas déjà fait, soit de vérifier qu’il ne se trouve pas fortuitement derrière elle. Elle sait maintenant que le jeune homme, qui est venu à l’agence de voyages lui demander des renseignements à propos d’un voyage en France, lui emboîte le pas. Pour une jeune Grecque d’il y a quelques décennies c’est une situation inquiétante, du moins embarrassante et dont il faut sortir au plus vite, soit en pressant le pas pour essayer de distancer son suiveur, soit en attirant l’attention de quelque passant…

Photo: (c) tous droits réservés à GP.

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