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Si l’on excepte les danses pour les touristes où le sourire est de mise, la danse en Grèce n’est pas forcément l’expression de la joie. Ca arrive lorsque le danseur crie : « Hopa ! hopa ! » et tire sur une farandole de danseurs et de danseuses qui s’enroule autour du mouchoir fixé à son poignet. C’est l’occasion pour le danseur de bonds et d’écarts prodigieux, véritables prouesses physiques au grand pouvoir de séduction. Mais quand on tombe au hasard d’une fête villageoise ou dans une taverne de montagne sur un homme qui danse seul autour d’une bouteille posée sur le sol ou d’une chaise renversée, c’est bien souvent l’expression de la douleur, du défi et de la performance mélancolique. Dans son roman Pâques au village, Antonis Sourounis met en scène Photis un jeune-homme que son oncle veut tuer sous le coup d’une vendetta. C’est justement par la danse qu’il va se mesurer à lui et que la vendetta ne sera pas exécutée. La confrontation aura bien lieu mais de façon symbolique et sans verser de sang. « Soudain, Photis fit un bond de côté, poussa une sorte de mugissement d’allégresse et fonça tête baissée sur son oncle, comme un taureau qui court en triomphe droit à la mort. Arrivé à deux pas de lui, il freina, fit deux petits sauts en arrière, se débarrassant de la mèche qui lui tombait sur le front, et lança au vieil homme un sourire. (…) Puis il croisa les mains derrière le dos, plia la nuque de nouveau et, pendant quelques secondes, resta à tressauter sur place, comme un bouc qui se débat, ligoté . Quand il jugea qu’il s’était suffisamment offert à son boucher, il s’écarta, d’un bon prodigieux. »
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