Quel boulot ! 10

Temps de lecture: 5 minutes

A l’usage exclusif des lecteurs de moins d’1,35 m !

Et pour les grandes colonnes ?  Eh bien pour les grandes, on taillait des tronçons, appelés tambours, que l’on assemblait ensuite pour faire le fût de la colonne. On emploie le même mot pour une colonne que pour un arbre. Et quand tout était bien mis en place, on commençait avec des sortes de racloirs à gratter de haut en bas le marbre pour faire des cannelures. Si on avait raclé les tronçons avant de les assembler, jamais on ne serait arrivé à ce que les cannelures coïncident et on aurait perdu un temps fou à les ajuster. Par exemple pour les colonnes du Parthénon, il y a 10 tambours car elles font 10 mètres de haut ! Tu vois que c’est déjà compliqué, mais il y a plus compliqué encore… et je ne te parle même pas de la déco qu’on verra ensuite… Suivant le style de la colonne et évidemment son épaisseur, il y a un nombre bien défini de cannelures, disons entre 16 et 32. Et la jonction des cannelures ne fait pas un angle aigu, qui ferait mal à la main en devenant coupant comme un couteau, mais il y a une étroite bande plate, qu’on appelle un méplat, entre chaque cannelure. Et puis, dans un même temple et pour un même endroit les colonnes ne sont pas identiques… Par exemple les 4 colonnes d’angle qui se découpent sur le ciel ont l’air toujours plus maigres que les autres, c’est une illusion d’optique. Donc pour corriger cette sensation, on les fait plus épaisses et on les rapproche davantage des autres. Et pour toutes les colonnes… plus la colonne est haute, plus elle a l’air maigre au milieu de sa hauteur… encore une illusion d’optique. Elle a même tellement maigre qu’on a l’impression qu’il y a  un creux à cet endroit… donc on va la renfler au milieu pour rétablir l’effet rectiligne. Et encore… Toute colonne a l’air plus mince dans sa partie supérieure… Donc on incline vers l’intérieur… On se demande comment les carriers et les sculpteurs, avec le peu d’outils qu’ils avaient à l’époque, arrivaient à faire tout ça ! Autre problème, tu te rappelles de la courbure de la krépis – la semelle du temple ? Hé bien toutes ces petites différences, ces petits ajustements, ces petits déplacements s’additionnent et on les retrouve à chaque niveau… Ils nécessitent d’autres compensations qui se répercutent encore aux niveaux supérieurs, mais aussi sur les poutres qui viennent s’ajuster sur les colonnes pour soutenir la charpente et jusque sur le toit… Il fallait diminuer certaines sculptures, en agrandir d’autres, en incliner quelques unes tout en  redressant les autres… Bref ! On se demande comment tout ça pouvait tenir debout et résister aux années, aux intempéries, aux boulets de canons des Vénitiens dont nous parlerons plus tard et… aux tremblements de terre fréquents en Grèce !

Photo: (c) tous droits réservés à GP.

Laisser un commentaire