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Après la seconde guerre mondiale, la Grèce libérée se sent à nouveau occupée, infantilisée et en danger. Dans la Vie volée, Aris Fakinos décrit la situation qui ne cesse de se dégrader. Les anciens résistants, écartés du pouvoir et devenus des parias dans leur propre pays vont entrer dans la clandestinité : adulés en héros, puis considérés comme des terroristes et, qui plus est, quand il s’agit de communistes:
« Comment Dionyssia aurait-elle pu oublier la marée humaine qui avait envahi les avenues et les places, les maquisards de l’ELAS qui portaient une barbe de deux empans, la pluie de fleurs que le peuple répandait sur eux des fenêtres, des balcons et des terrasses…Soudain, alors que la foule se déplaçait de Syndagma vers Omonia ( places de la Constitution et de la Concorde, au centre d’Athènes), quelqu’un avait levé le bras et montré du doigt l’Acropole débarrassée du drapeau nazi, tout le monde avait hurlé sa joie de voir le Rocher sacré libéré (…). Comme tous les autres Grecs, ils comprirent quelques semaines plus tard, lorsque les navires de guerre anglais débarquèrent au Pirée troupes de renfort, tanks, artillerie lourde, lorsque l’armée du général Scobie truffa Athènes de barrages, boucla les quartiers populaires, fit arrêter et jeter en prison les premiers maquisards de l’ELAS. Le reste, ils le comprirent peu de temps après, quand au cours d’une manifestation les agents des Anglais tirèrent sur les gens du haut d’une terrasse et tuèrent près de trente personnes. » ( p.79)
Des décennies plus tard, on entendait encore de vieux combattants des troupes nationalistes grecques parler de « bandes » à propos des troupes de libération et leur refuser le statut de combattants, comme c’est le cas malheureusement dans tous les pays qui ont vécu une guerre civile. Dans l’esprit des vainqueurs, le parti vaincu ne peut être qu’un ramassis de terroristes assoiffés de sang et de bons à rien …
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