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Certains mots fréquemment employés à propos de dieux, d’édifices religieux ou dans les toponymes ne recoupent pas au départ les mêmes notions, ce qui paraît logique… mais le résultat c’est qu’ils nous plongent aujourd’hui dans la confusion … linguistique ! Que penser d’ άγιος, par exemple? Cet adjectif issu du verbe de grec ancien ἄζομαι éprouver une crainte respectueuse, signifie saint, ce qui a été sanctifié par dieu et reconnu comme tel par les hommes. C’est-à-dire qu’on est passé du sens de tabou et quelquefois de maudit à celui de sainteté. Par exemple : οι Άγιοι Απόστολοι les Saints Apôtres ou Άγιος Νικόλαος littéralement Saint-Nicolas, ville balnéaire de Crète. Très tôt l’adjectif άγιος est entré en concurrence avec… αγνός : sacré, puis chaste, pur et également avec d’autres termes qui nous paraissent semblables mais ne le sont pas … Dans le cas des deux premiers adjectifs, ce qu’on peut dire c’est que άγιος s’emploie plutôt pour des personnes et αγνός pour des choses ou des animaux. Mais ce n’est pas fini car des observations chronologiques entrent en ligne de compte ! On a pu dire qu’Homère préférait ἱερός pour exprimer « l’interdit religieux que l’on respecte », mais en fait Homère ne connaissait pas άγιός… il a fait avec ce qu’il avait en magasin ! Et l’histoire continue… On trouve également dans bon nombre de textes religieux (ou non) : άξιος qui signifie au départ qui équivaut à la valeur de quelque chose donc de grande valeur puis enfin a le sens religieux de ce qui est digne de dieu. Il conserve souvent ce sens mystique même dans un contexte neutre, par exemple en poésie. Quant à όσιος, il signifie sacré, ce qui est défini par dieu donc permis par dieu. Puis il a rejoint le sens de bienheureux, saint comme dans le nom du célèbre monastère byzantin non loin de Delphes, dédié à Saint-Luc. Le mystère, c’est pourquoi Ossios Loukas ne s’appelle pas Agios Loukas ? Peut-être faut-il y voir une échelle subliminale de valeur… Ossios, ce serait mieux qu’Agios… ? On a du mal à s’y retrouver, ce qui console c’est que les Grecs eux-mêmes sont perdus dans ce maquis linguistique qui tourne autour de dieu et surtout de la permission que dieu donne (ou pas) aux hommes ! Finalement, je me demande si je suis bien autorisée à vous raconter tout ça …
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