Récupéré de force !

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Dans un premier temps la société a frappé d’ostracisme le rébétiko par peur devant l’afflux anarchique des réfugiés, par peur de la contamination sociale éventuelle, du dérapage possible de la répression policière vers d’autres groupes sociaux, de la moquerie des valeurs traditionnelles et rurales et du risque de leur disparition, de la débauche supposée ou bien réelle des rébètes. Une chape de plomb a recouvert ces chansons à la langue souvent argotique qu’on ne comprenait pas ou qu’on ne voulait pas comprendre. Puis les cabarets à la mode des grandes villes leur ont donné un espace où même la bonne société pouvait les écouter et aussi les apprécier. Un pas supplémentaire a été fait quand les radios dans les années 70 les ont serinés à toutes heures de la journée, alors que la société a continué à rejeter  les rébètes. Sans qu’ils s’en soient vraiment rendu compte, les rébétika leur ont échappé et ont été récupérés par tous ceux qui n’en voulaient pas au départ. Les Rébétika ont eu les Grecs à l’usure, sans doute parce que le fond de vérité qu’ils contiennent touche chacun. Désormais les rébétika appartiennent à tous, on parle de littérature rébétique et on les étudie très sérieusement dans les universités. Le rébète n’a pas eu le temps de se retourner ou n’a pas su le faire, il est devenu un anarchiste romantique, un révolté qui peut cristalliser tout ce qui ne va pas, qui fonctionne mal et qui irrite. C’est paradoxal pour des chansons qui ne se voulaient pas des critiques sociétales ou politiques, mais plutôt un regard ironique et méprisant sur le monde. Le rébète est réembarqué de force dans la société alors qu’il voulait faire sécession. Y-a-t-il encore de vrais rébètes ?

Photo: (c) tous droits réservés à GP.

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