Le rébète et le destin.

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Le rébète, personnage contestataire qui va cristalliser toutes les frustrations de la classe ouvrière grecque et plus généralement des pauvres, est condamné à devenir un personnage à succès. Auréolé de la gloire du rebelle qui revendique la liberté de penser, il est même presque dès son apparition en Grèce coopté par le théâtre d’ombres, le Karaghiozis, à travers  les personnages de Stavrakas le caïd (littéralement grosse croix) et de Nondas  l’ouvrier. Et cela continue dans un double mouvement : d’un côté la répulsion d’une grande partie de la population à laquelle le rébète fait peur, et de l’autre côté l’attirance vers le mauvais garçon par le biais de chansons qui font comme un écran protecteur entre le voyou et l’honnête citoyen. Dans les années 60/70, le rébétiko  devient la véritable coqueluche des tavernes à la mode d’Athènes et de Thessalonique. Tout ce monde se reconnaît en cet apôtre de la libération des moeurs. Il est vrai que le spectre du fascisme réapparaît. De populaire, le rébétiko devient romantique et sa rugosité même le rend attirant. Et pourtant, de quoi parle-t-on dans le rébétiko ? De haschich, de faillite, de corruption, de répression, d’exactions de la police, d’amour trahi, de prison, de séparation, d’injustice, de souffrance, de destin. Eh oui, de destin ! Plus que l’avalanche de malheurs qui surprend quand on écoute quelques rébétika d’affilée, ce qui est commun à tous ces chants et en assure d’ailleurs la continuité avec d’autres chansons populaires plus anciennes, c’est le sentiment d’injustice face au destin qui est  solidement rivé dans le coeur de tout Méditerranéen. 

Photo: Vieille rue populaire d’Athènes. (c) tous droits réservés à GP.   

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