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… du rébétiko, et qui se confond souvent avec le rébète, c’est le μάγκας le vagabond, l’insolent qui a fini par prendre le sens de voyou. Le mot « mangane », qui signifie voyou en argot bordelais, est sans doute à mettre en rapport avec lui. Mais n’est pas rébète ou mangas qui veut ! D’abord, il faut savoir chanter et surtout il faut adhérer à un certain mode de vie, à des codes vestimentaires, à des pratiques délictueuses et à des idées libertaires. Pour résumer, il vaut mieux être désoeuvré, au chômage, anarchiste, fumeur d’haschich voire d’opium, fréquenter la pègre et les milieux de la prostitution. Ce qui est curieux, c’est que cette population réprouvée, non pas à cause de sa couleur ou son origine, mais bien à cause de ses engagements et ses choix de vie, ait pu donner naissance à des chansons aussi complexes et universelles. Et on dirait que, quoique les Grecs fassent, cela se termine toujours par la création d’un nouveau genre littéraire. L’un des aspects les plus intéressants des rébétika est qu’on a affaire à une construction collective à partir d’individualités ou d’individualismes forcenés. Le rébète n’a pas d’ami, pas de coterie, pas de fiancée, pas de famille mais il a une meute comme les loups et parfois aussi les loups hurlent ensemble. Toutes les valeurs habituellement prisées par les hommes : amour, fidélité, travail… le rébète les méprise, les rejette pour leur préférer : connivence, indépendance, liberté. Il réinvente sa vie, comme il réinvente ses chansons, en laissant à chacun la liberté de s’y immiscer pour la recomposer. Le chanteur apporte sa voix, le musicien son rythme, le danseur ou le spectateur qui monte sur la scène sa danse mais personne ne s’offusque si l’un ou l’autre intervient et se mêle de la chanson. Rien n’est fixé, du moins dans un premier temps, tout est en mouvement. Le rébétiko, c’est l’affaire de tous …
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