Temps de lecture: 3 minutes
A Idoménée
« Il est dommage que le lys soit perdu, mon enfant,
et que la rose s’effeuille, mon jasmin
mon fils, mon Idoménéa, ma joie
fleur des oeillets, mon amour.
(Je suis) comme la bonne ménagère, mon enfant,
qui a perdu son aiguille, mon jasmin
Ah ! et son dé, mon fils
de son petit panier, mon élu.
Comment rattraper le travail, ma joie
et comment coudre, mon amour
moi qui récolte des larmes, mon enfant
et qui mets en gerbe des souffrances, mon jasmin. »
Le vocabulaire apotropaïque du mirologue lie traditionnellement amour et nature et plus particulièrement le basilic, le citronnier et toutes les plantes familières du petit jardin grec, le jardin cultivé, celui auquel on a donné des soins, comme la mère donne des soins à ses enfants. La fleur qui meurt mais se renouvelle dans une résurrection annuelle amène l’idée que la nature et l’amour sont plus forts que la mort. Idoménée est mort à l’étranger, deux fois victime de l’exil et de la mort elle-même. Dans ce mirologue, les apostrophes « botaniques », reprises en litanie en fin de vers, l’associent aux activités de sa mère dans la maison familiale, comme la couture, la broderie, d’où les mentions du panier, du dé et de l’aiguille. Un sentiment d’injustice se fait jour. Au lieu de récolter les joies de la bonne éducation qu’elle a donnée à Idoménée, sa mère ne récolte que des larmes.
Mirologue recueilli par le folkloriste Pétropoulos, 1967
Photo: (c) tous droits réservés à GP.