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Suite de La musique, la douleur.
Ce poème plus ou moins improvisé – en vers de 8, 11 ou 15 syllabes- qui s’apparente à une longue lamentation, est répété à plusieurs occasions : pour l’enterrement lui-même, puis trois jours après, neuf jours après, quarante jours après, trois ans après l’enterrement et enfin lors de l’exhumation du corps. Cela correspond en gros à la période de deuil. On chante le mirologue en public et tant que la douleur est présente. Ensuite, on considère que le mort n’a plus besoin de cet accompagnement, de même que ses proches n’ont plus besoin, ni de temps à consacrer au mort car la vie a repris son cours. Ces répétitions contribuent à sa fixation. A l’improvisation du départ succèdent des schémas répétitifs qui peuvent même servir à des mirologues concernant d’autres défunts ainsi qu’à la déploration de la mort du Christ, lors des processions du vendredi saint. A cette occasion, on jette des fleurs sur l’Επιτάφιος – cercueil censé contenir le corps du Christ- qui est exposé dans l’église, en attendant que le pope le « ressuscite ». J’emploie cette expression à dessein, car c’est bien elle que l’on entend en la circonstance dans les villages (et même chez Kazantzakis) plutôt que la formule « officielle »: αναστήθηκε ο Ιησούς. Je me rappelle avoir parcouru les rues d’Athènes dans la cohue du vendredi de la Pâque grecque comme des milliers d’autres personnes, derrière les corps constitués qui défilaient au son de la marche funèbre de Beethoven. Personne ne chantait le mirologue, mais pourtant il était bien là…
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