Le roman français dans le roman grec…

 Temps de lecture: 3 minutes

L’incursion d’un roman français dans la nouvelle policière de Yannis Maris intitulé 24 heures de perdues est empreinte de mystère. Il apparaît comme un fil conducteur dans le texte et la vie de l’héroïne Madame Karapanou, mais nous ne saurons rien de cette oeuvre, si ce n’est que la femme du directeur de l’usine électrique le lit en soupirant. D’ailleurs, chez Maris les romans sont lus exclusivement par des femmes… sans doute l’auteur ne considère-t-il pas cette activité comme sérieuse, mais plutôt comme un dilettantisme de la culture. C’est assez drôle pour un auteur de roman policier qu’on a accusé de produire une sous-littérature, une littérature de gare ! Peut-être faut-il y voir de l’autodérision ? Madame Karapanou lit donc avec son jeune amant un roman dont nous ignorons globalement tout, mais dont quelques détails nous font penser qu’il pourrait s’agir de Madame Bovary. On n’a pas vraiment d’autre choix, car on n’imagine pas Madame Karapanou et son jeune amant lire Melle de Scudéry, pour la bonne raison que les héros de Maris ne sont ni des intellectuels ni des érudits. Quant au jeune amant, véritable prototype du héros romantique prompt à inspirer l’amour d’une femme frustrée, il semble tout droit sorti du roman qu’il est justement en train de lire avec sa maîtresse : jeune, très grand, beau et phtisique. Pas moyen de savoir si c’est le roman qui a inspiré l’amour entre ces deux êtres, ou bien si la lecture n’est pour eux qu’une occasion de communiquer sans éveiller les soupçons du mari. Tout reste dans le flou, l’amour de ces deux amants, leurs motivations littéraires, leurs intentions amoureuses et surtout … le nom de livre !

Photo: Bibliothèque de la fondation Stavros Niarchos. (c) tous droits réservés à GP.

Laisser un commentaire