Peintre d’icônes.

Temps de lecture: 4 minutes

A Athènes, je monte les étages de la XEN (prononcer Chienn), hôtel international pour jeunes filles rue Amérikis, à la recherche d’une jeune peintre d’icônes. Elle travaille la porte ouverte, sourit doucement en me voyant et continue tranquillement son travail sans me dire un mot. Je m’approche et je regarde l’icône qu’elle effleure avec un pinceau extrêmement fin. D’habitude les artistes ont horreur qu’on les regarde  lorsqu’ils pratiquent leur art, mais elle ne me dit rien, au contraire elle me sourit. Elle n’a pas l’air de peindre, on ne voit pas les rajouts de couleurs, tout est de l’ordre de l’infime. Son avant-bras est posé sur un bout de bois, du type manche à balai, attaché d’un côté à l’espagnolette de la fenêtre et de l’autre côté à un bahut assez haut. La main est comme en suspens, assurée par le soutien solide du bras, le poignet libre de tourner et de s’incliner. La jeune peintre le fait évoluer gracieusement sur les joues de la Panagia et elle me montre des pinceaux encore plus fins pour rajouter les cils aux yeux. Pour achever son oeuvre, il lui faudra rester encore bien des heures penchée sur le dessin, sa main voletant délicatement dans les airs comme une libellule. Qu’est-ce qui la rend si légère et si disponible aux curieux ?

La réponse est peut-être dans Prévélakis : « Le peintre n’a pas, ici, à se glorifier lui-même dans son oeuvre, ni à exprimer ses passions et ses soucis, comme on le fait ailleurs, où l’on voit la boulangère du quartier poser pour la Vierge. Pour l’artiste orthodoxe, l’icône est un don de Dieu et le peintre n’est que l’instrument de Son souffle. (…) Aussi le peintre ne signe-t-il jamais son oeuvre ni ne tire-t-il vanité d’une gloire qui n’est pas la sienne. Et si par hasard il fait exception, son nom est inscrit dans un coin, comme une sorte de prière qu’il dépose aux pieds du Seigneur. »

Texte: Pandélis Prévélakis, Chronique d’une cité, NRF. Traduction: Jacques Lacarrière.

Photo: (c) tous droits réservés à GP.

Laisser un commentaire