Temps de lecture: 4 minutes
… En examinant scrupuleusement les fresques représentant le Jugement Dernier dans les différentes églises, on arrive à avoir une vue exhaustive des péchés répertoriés par l’Orthodoxie. Pandélis Prévélakis dans Chronique d’une cité fait une liste à glacer le sang des pécheurs « patentés » sur lesquels personne ne pleurera, en somme les grands classiques: « le bandit, le voleur, l’assassin, le parjure, le faussaire, l’entremetteuse, l’usurier, le calomniateur » qui méritent « grincement de dents, feux inextinguibles, goudron brûlant … » Puis on rencontre ceux qui ne méritent peut-être pas les tortures éternelles, mais qui sont pourtant dans le même lot : « le tailleur qui avait volé sur le métrage, le meunier qui avait faussé sa balance, la prostituée, le chapardeur, l’adultère, la sorcière. » Puis un péché qui de nos jours est une curiosité, mais qui a dû engendrer de profondes détresses et un opprobe tenace : « la femme qui n’avait pas allaité son enfant ». Et pire que ça ! Il y a celle qui a allaité un enfant d’une autre race, i.e un enfant turc. Comme on avait déjà promis l’enfer à la première, on ne voit pas ce que la deuxième pourrait subir de plus terrible … Et pour finir la liste, un cas qui porte à rire mais qui est bien là pour montrer que tout le monde est concerné par les feux de l’enfer: « ceux qui étaient restés au lit le dimanche matin. » i.e ceux qui ne sont pas allés à l’office ! Pour ma part, je demande expressément que ce dernier péché soit retiré de la liste sur le champ… retiré des fresques, c’est plus compliqué !
Texte: Pandélis Prévélakis, Chronique d’une cité, NRF. Traduction: Jacques Lacarrière.
Photo: chapelle « de poche ». (c) tous droits réservés à GP.