Est-ce que je peux dire que j’ai trouvé les fresques affreuses ?

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A Paros, je rentre dans une église de village, toute récente et encore en travaux. On est en train de peindre l’intérieur. J’ai du mal à distinguer les fresques, je suis très étonnée, tout est noir ! On distingue à peine les contours du Pantocrator, des différents saints et les scènes de la vie de la Vierge. L’artiste est juché sur un échafaudage et il passe à nouveau une peinture noirâtre à certains endroits du dessin. J’ai l’impression que la couleur est un peu moins noire, un peu plus claire, mais je ne vois pas du tout ce que ça va devenir. L’ensemble est indistinct. Je mets un moment à comprendre qu’on travaille par couleur et non par thème ou par personnage. Chaque couleur est rajoutée là où elle est nécessaire mais sur l’ensemble de la scène, et on part du plus foncé pour arriver au plus éclatant. Par contre, pour le moment, c’est affreux !

Voici ce qu’en dit Pandélis Prévélakis (Chronique d’une cité) : « On commençait par peindre toutes les parties ombrées, ensuite toutes les demi-teintes, et on terminait par toutes les lumières. Pour peindre, par exemple, une tête, le maître étendait à deux reprises une couche de couleur noirâtre (qu’on appelle le proplasme) sur toute la face et arrêtait au trait, avec une couleur plus noire, les lignes de la figure. Puis, avec du jaune, il faisait le front, les joues, le cou, la chair proprement dite. Une première couche de jaune éteignait la couleur noire; une seconde éclairait la figure : après ces deux couches de jaune, on sentait la chair « venir ». Une troisième couche de jaune clair donnait le ton général des carnations. »

Texte: Pandélis Prévélakis Chronique d’une cité, NRF, traduction: Jacques Lacarrière.

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