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En Grèce, en dehors de la vie et de la descendance, le sang symbolise l’élan vital dans ce qu’il a de plus intime:
– μου πήρε το αίμα της καρδιάς μου, il m’a pris le sang de mon cœur, il m’a saigné à blanc.
– έφτυσε αίμα για …, il a craché le sang pour … , il a sué sang et eau pour …
– έχασε το αίμα του, il a perdu son sang, il a été saisi de frayeur.
Le sang conditionne la vie et la mort, mais l’expression « le sang de mon coeur » va plus loin. C’est ici une sorte de superlatif pour indiquer qu’on se trouve au plus profond de l’individu. Il faut bien admettre que ces expressions ont perdu de leur force au fil des siècles. Les traductions actuelles : « il m’a acculé à …, il a fait de grands efforts pour …, il a eu peur » sont très édulcorées.
Le sang, c’est est aussi la brutalité de la vie et de la mort :
-πήρε το αίμα πίσω, il a repris le sang, il s’est vengé.
L’expression grecque, inspirée du code primitif de la loi du talion qui prône la réciprocité de la faute et de la peine, est très violente. Elle s’inscrit dans la tradition du crime d’honneur qui évacue la dimension spirituelle de l’individu – aveu, repentir, expiation – pour ne garder qu’un rapport de force basé sur sa valeur marchande. Le prix de l’existence, le prix de la vie d’un homme, c’est donnant donnant. La vengeance η εκδίκηση consiste à tuer l’assassin, à éponger ou plutôt à couvrir le sang de la victime par le propre sang de celui qui l’a tuée: « oeil pour oeil, dent pour dent ». Le corps est vraiment soumis à toutes les épreuves ….
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