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Quand Platon parle des sycophantes (συκοφάντες = σύκον + φαίνω/φανερώ) dans le dialogue appelé le Criton, on a l’impression qu’on a affaire à des bandits de grand chemin… et pourtant l’étymologie nous indique qu’ils mettent à jour, montrent clairement les figues ! Que viennent faire les figues là-dedans ? Dans un pays où chaque figuier donne bon an mal an plus de 200 kgs de figues, on est obligé d’en exporter une certaine quantité … et pas toujours légalement. Les sycophantes dénoncent ceux qui s’adonnent à la contrebande de figues … Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous, et pourtant Criton – dans le dialogue du même nom – semble craindre « … que les sycophantes ne nous suscitent des tracas … » quand il envisage de faire évader Socrate de sa prison la veille de son exécution. Il ajoute qu’il est toujours possible de les corrompre car ils « sont bon marché ». Décriés également par Démosthène et Aristophane, leur nom est une véritable insulte dans l’Antiquité, l’équivalent de notre « Balance ! ou mouchard ! » Puis le mot a pris le sens de fourbe et de canaille ! Et pourtant ces citoyens ont une fonction bien précise : dénoncer abus et malhonnêtetés car la justice athénienne ne possède pas de magistrature dédiée à l’accusation. Ce vide juridique provoque des abus puisque les sycophantes deviennent des accusateurs professionnels vivant d’un pro-rata des amendes infligées aux accusés qui se voient reconnaître coupables. On comprend que tout le monde les déteste !
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