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Suite de La peur mémorielle et fin.
Pour conclure ces regards croisés entre Grecs et Turcs, on peut dire que Léon Heuzé ne voit pas la possibilité de communauté de vie entre les divers peuples de Thessalie turque. Même si une certaine amitié peut se développer entre Turcs et Chrétiens, surtout lorsqu’elle est scellée par l’ouverture d’une bonne bouteille. Heuzé décrit non sans malice la scène chez le pope de Damasi : « Le brave Mourias, en apercevant la bouteille, se met à protester de son amitié pour les Chrétiens (…). Le Musulman et le pappas déclarent d’un commun accord que l’on est sur terre pour boire et pour manger. Mourias ajoute que les Turcs qui ne boivent pas de vin sont des za, traduisez des animaux. »
Le plus décevant peut-être est que Léon Heuzé, malgré les idées humanistes du siècle où il vit, malgré son instruction, son ouverture d’esprit, sa culture française ne comprend pas bien les enjeux et les espérances nées en 1821. Un peu comme si la liberté allait de soi pour les peuples développés, sans avoir vraiment d’utilité pour les autres. Il ne voit pas la souffrance du peuple grec, ni les aspirations légitimes des autres nations à la liberté. Il reste engoncé dans l’état d’esprit de sa caste et pense un peu égoïstement que ces gens du bout du monde n’ont qu’à s’accommoder de la situation, en se demandant ce qu’ils veulent tous à la fin !
« Je (…) développe la théorie courante, d’après laquelle les Turcs et les Grecs devraient s’unir étroitement, l’élément turc représentant la force militaire, l’élément grec le mouvement intellectuel et commercial. »
Oserait-il proposer le même genre d’union aux nations anglaise et française par exemple ? Est-ce que cela lui viendrait seulement à l’esprit ?
D’après le livre de Léon HEUZE « Excursion en Thessalie Turque en 1858 »
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