Un dignitaire turc pas comme les autres.

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Suite de Les « civilisés » ne sont pas toujours où on les attend…

Husni-Pacha est considéré comme un bienfaiteur par la population toute entière, car il a fait construire de ses deniers une prison ! Cette prison assez sordide se veut, cependant, un établissement modèle, avec diverses salles suivant la gravité du délit. Et de fait, Léon Heuzé fait remarquer qu’une certaine équité y règne, puisque Turcs et Grecs y croupissent dans les mêmes cellules, côte à côte.

Husni-Pacha fait l’unanimité auprès des Musulmans comme des Chrétiens car c’est un honnête homme en somme. L’archevêque de Larissa, lui-même, lui rend hommage. C’est une caractéristique de la domination ottomane d’avoir laissé aux couvents et au clergé l’administration et le revenu de leur terre. Il y a eu une sorte de pacte de non-agression entre les Turcs et les dignitaires de l’Eglise orthodoxe qui se sont, de fait, trouvés être les représentants légaux des populations grecques. Les faits et gestes, les paroles d’Husni-Pacha s’inscrivent dans cette démarche sinon d’alliance du moins de tolérance : «  Ne les appelez pas des rayas ( sujets non musulmans du Sultan), a-t-il coutume de répéter , ce sont comme vous des sujets du Sultan. Si nous sommes de bons Musulmans, nous devons les aimer et les protéger ; car Mahomet a déclaré qu’ils lui tenaient à coeur ; si cela n’est pas écrit dans le Coran, que je ne meure pas Turc ! » C’est en grec qu’Husni-Pacha prononce ces paroles, ce qui amène Léon Heuzé à ajouter en note la remarque suivante : « Parole très forte dans la bouche d’un Musulman. » On pourrait ajouter : parole quasi unique dans la domination ottomane !

D’après le livre de Léon HEUZE « Excursion en Thessalie Turque en 1858 »

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