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Suite de Comment être Turc sans l’être vraiment ….
Il ne faudrait pas voir en Léon Heuzé une sorte d’intellectuel finalement assez égoïste et enfermé dans ses préjugés. Il est sensible malgré tout. La société turque traditionnelle lui semble profondément inégalitaire. Il est très choqué, lors d’une visite qu’il fait à la prison « modèle » de Larissa avec des étrangers, de voir que le cas d’une petite fille violée par un garçon de 17 ans, qui se trouve emprisonné, fasse rire ces mêmes étrangers. Il est évident que, dans ce cas précis, ce sont les Turcs qui représentent pour lui la justice et la civilisation. Tout au long de son voyage, il entretient des rapports de confiance avec trois d’entre eux : son garde albanais Mourias et celui qu’il appelle familièrement Limagagha en lui donnant une sorte de titre nobiliaire : « On m’a recommandé un brave Turc, le nommé Soliman, que l’on me dit honnête, entendu, connaissant bien le pays. (…) je n’aurais jamais été mieux accompagné. » Bien sûr, Limanagha a des travers, par exemple il a peur de manger des fraises, mais il a un certain sens du devoir puisqu’il est violemment opposé au système du bacchich. Il est vrai qu’il en a lui-même subi les conséquences désastreuses !
Un seul parmi les connaissances de Léon Heuzé trouve véritablement grâce à ses yeux, c’est Husni-Pacha le Vali de Larissa. C’est un personnage qui revient très souvent dans les récits de Léon Heuzé. On sent bien qu’il a des rapports de courtoisie et même d’amitié avec lui. Son attitude est importante, car c’est un notable qui a tous les regards fixés sur lui. Toutes ses actions le font apparaître comme un homme juste et droit et Heuzé fait remarquer qu’il a gravi tous les échelons de l’administration ottomane pas à pas, sans passe-droit. Cela doit être assez rare pour être signalé ! C’est aussi un homme juste et courageux qui a pris, contre ses compatriotes, le parti des Grecs en les autorisant à construire une école.
D’après le livre de Léon HEUZE « Excursion en Thessalie Turque en 1858 »
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