Galerie de portraits

Suite de Ethnologie et couleur locale.

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C’est un Français qui juge des Turcs et non les Turcs, car Heuzé essaie de décrire des personnes, même s’il tombe parfois dans le piège de la généralisation. Par exemple, il est forcé de reconnaître que, d’ordinaire, les Turcs pratiquent le bakaloum : « c’est-à-dire l’habitude de remettre les choses au lendemain ». Cette indolence habituelle est accentuée par le fait qu’il faille rétribuer tout service. «  En Turquie, tous les fonctionnaires, du plus petit au plus grand, « mangent » à qui mieux mieux. Manger, c’est le terme qu’ils emploient familièrement pour désigner cette sorte d’abus. (…) il y a quelques années, à Trikala, dans la mosquée du bazar, on leur a fait jurer de renoncer au bacchich; mais comme effet pratique, cela n’a eu aucun résultat. » Ils sont également plein de morgue et à ce titre Husni-Pacha, le Vali, fait figure d’exception : «  Il n’a rien de la morgue ottomane ; il paraît, au contraire, aimer la plaisanterie et le sans-façon. On le considère comme un chef actif et juste, à qui la province doit la tranquillité dont elle jouit. »

Il essaie plutôt d’individualiser ses remarques et de contrebalancer un aspect négatif par un élément plus positif. Ainsi, ce même Husni-Pacha est hypocrite et « sait y faire » vis à vis des étrangers. Quand il critique les consuls devant Léon Heuzé, il s’attaque surtout aux Anglais : « Il y a de la diplomatie sous ces cajoleries et cet air de rondeur .»

Defterdar-bey est curieux de connaître ce qui est au-delà des frontières, Paris entre autres. Mais sa culture est très superficielle. Il se demande, avec un mollah de ses amis, si Poucrat ( Hippocrate) a réellement existé et il ne connaît pas la religion des Français, ni la différence entre les catholiques et les protestants : « Les catholiques, selon lui, considèrent les inventions telles que les chemins de fer, les télégraphes électriques comme des signes précurseurs annonçant que l’humanité touche à son terme. »

Hassim-agha, un Turc Albanais «  à l’oeil de travers, à la poitrine velue, quelque peu débraillé dans son costume national »  est malgré tout bien obligeant, puisqu’il sert de guide à Léon Heuzé, mais il ne manque pas de se moquer des Grecs qui sont d’après lui des guerriers incapables, braves mais vaniteux. La suite de l’épisode ne nous le rend pas plus sympathique car Léon Heuzé nous le montre avec beaucoup d’humour jouant à la « guéguerre » comme un enfant de six ans. Nous en concluons qu’Hassim-agha est peut-être courageux mais qu’il est surtout très bête !

Quant aux femmes turques, elles sont rusées comme madame Sadik-Pacha qui éloigne son mari pour ne pas avoir de rivale à la maison. Il ressort de cette galerie de portraits que les Turcs ne sont ni tout blancs ni tout noirs, comme le restant de l’humanité. Cependant des défauts plus graves se profilent, comme l’injustice et l’irréligion.

d’après le livre de Léon HEUZE « Excursion en Thessalie Turque en 1858 »

Photo: Crète, Moni Toplou. (c) tous droits réservés à GP.

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