Ethnologie et couleur locale

Suite de Le bric à brac turc

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Les descriptions de Léon Heuzé ne se limitent pas aux notables qu’il rencontre mais visent aussi le petit monde de la rue et dénotent un sens aigu de l’observation. Les paysannes portent d’immenses chapeaux de vannerie appelés skiadhi, qu’Heuzé compare au chapeau d’Ismène dans Oedipe à Colone de Sophocle. La rue s’anime devant le spectacle qu’offre tour à tour un marchand avec ses « invraisemblables gâteaux » ou bien un médressé, une école musulmane : « Des enfants habillés de toutes les couleurs, jouant ou épelant à haute voix dans une petite cour plantée d’arbres, à l’ombre d’une mosquée ». Il décrit avec beaucoup de soin les assemblages de bois, les grilles, les balcons, les encorbellements et les belvédères des kouliaes de Damasi, qui sont des sortes de châteaux-forts turcs. Les descriptions minutieuses du salon d’honneur des maisons turques avec ses particularités architecturales et mobilières ne sont pas de simples éléments narratifs, car il en explique l’usage.

Ceci nous amène à évoquer le troisième élément significatif du comportement de Léon Heuzé. Il est animé d’un véritable désir de comprendre et d’expliquer. Il ne manque pas de préciser le sens des mots turcs qu’il emploie. Un konaki est une maison haute. Les tchifliks : «  des domaines appartenant à des beys musulmans et soumis à un régime de métayage ». Le Trésorier-payeur est un defterdar-bey. Husni-Pacha est un vali, c’est-à-dire un gouverneur. Toute une partie de ses explications est consacrée à l’administration turque, en particulier aux juridictions, aux divers impôts, aux dîmes …etc. Evidemment, être confronté à autant de situations et connaître de près tant de personnages conduit Léon Heuzé à établir des jugements, quelquefois simplement anecdotiques ou de valeur quasi universelle. Le vali est généralement paresseux, le khani (la maison) généralement sale et désordonnée. Et il s’amuse devant le camp des cosaques, les Kazaki, qu’il trouve pittoresques car « chaque tente a son petit parc à bestiaux ou son poulailler ». Bien des choses l’étonnent …

d’après le livre de Léon HEUZE « Excursion en Thessalie Turque en 1858 »

Photo:(c) tous droits réservés à GP.

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