Le bric à brac turc

 Suite de Un Européen qui s’ignorait

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La deuxième constatation à propos de Léon Heuzé est qu’il a l’esprit curieux et observateur. Et pourtant, il part avec un sérieux handicap. Bien que fin helléniste, il ne maîtrise pas le turc et a besoin d’un interprète pour communiquer : « La langue turque, dont je n’ai qu’une teinture très insuffisante ». Mais son sens de l’observation va suppléer cet inconvénient et il nous donne toute une série de portraits croqués sur le vif.

Très vite, nous apprenons que le terme « turc » regroupe bien des réalités et semble être générique. Le chef du poste turc à la frontière de Dernéni Phourka porte un nom turc, est en fait Albanais et parle grec avec des expressions turques. Quant à Sadik-Pacha, le chef des cosaques turcs, c’est un Polonais du nom de Tchaïkowski qui s’est fait Turc. Ce mélange de populations -sous l’appellation turque- présente des particularités dignes d’un bric à brac dont Léon Heuzé nous fait amplement profiter. La description de leurs maisons luxueuses ou sordides, de leurs domestiques stylés ou débraillés, puis de leurs habillements très souvent combinés des costumes grec et ottoman est assez longuement évoquée à chaque rencontre. Les divers fonctionnaires auxquels Léon Heuzé a affaire deviennent des personnages hauts en couleurs et dignes d’un roman picaresque.

Nous savons à peu près tout -et en peu de mots- de l’aspect extérieur du détesté chef de la Santé : il porte un fez et un stambouline, qu’Euzé nous décrit comme une redingote dans une note postérieure écrite lors de l’édition de 1918, soit 60 ans après les événements. Le Trésorier-payeur porte de la fourrure blanche et une pelisse couleur lilas. Madame Sadik-Pacha, qui est Polonaise, se voile mais se chausse de bottines de satin jaune. Le Muddir de Tournavo a l’air d’un cafedji plutôt que d’un sous-préfet turc. Quant à Husni-Pacha, pourtant bien considéré par notre Normalien, il a l’air d’un « cordonnier endimanché ».

d’après le livre de Léon HEUZE « Excursion en Thessalie Turque en 1858 »

Photo:(c) tous droits réservés à GP.

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