Purifiée… purifiée de quoi ?

Temps de lecture: 3 minutes

La langue grecque offre la particularité tout à fait exceptionnelle d’être parlée depuis plus de 4000 ans sans rupture linguistique. Le passage insensible du grec ancien  au grec moderne a vu se superposer plusieurs états de langue dans un processus très lent. Deux langues concurrentes – il ne s’agit pas de niveaux de langages ni de différents dialectes régionaux – ont cohabité au fil du temps.  D’un côté la démotique parlée au quotidien : populaire et vivante, elle n’a cessé d’évoluer depuis en gros l’ère chrétienne. Elle emprunte au Turc, à l’Arabe et à l’Italien, se déforme, se simplifie et se complique aussi quelquefois. De l’autre côté une langue conservatrice dérivée du grec ancien – la katharévoussa – qui de « purifiée » s’est pétrifiée au fil des temps. Conservée assez artificiellement à l’écrit, souvent pédante à l’oral, elle a été longtemps réservée à une élite seule capable de la parler. Bien qu’elle soit actuellement devenue incompréhensible pour la plupart des Grecs et quasi -moribonde, elle a encore ses fans ! Jusqu’aux années 80, les lycéens grecs devaient utiliser la langue purifiée en cours et ils passaient à la démotique dès la récréation dans la plus grande schizophrénie linguistique. A la question posée un jour à un homme politique  : « Pourquoi utilisez-vous la démotique, cette langue que parlent les Communistes ? » Il a répondu en substance : « Pour la même raison qu’eux, pour être compris ».

Photo: (c) tous droits réservés à GP.

Laisser un commentaire