Histoire de Noël.

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21 décembre 1973, il fait très froid en Epire, il a beaucoup neigé, les routes sont glissantes et il faut encore aller jusqu’à Ioannina chercher Elpizha car elle  veut passer Noël en famille à Arta ! Je ne suis pas rassurée : je sens la conductrice hésitante, il y a le col à franchir alors que la nuit tombe déjà, les essuie-glaces font leur navette sans dégager vraiment de visibilité car il neige dru maintenant… et la Simca 1000 broute sur les amas de neige. Je ne peux m’empêcher de penser : « Déjà qu’elle est casse-gueule en temps normal …. ». A l’arrière, Elpizha jacasse de sa voix suraiguë, elle parle de ses petits-enfants, de son mari décédé (« qu’il soit pardonné ! »), de sa jeunesse, et soudain la Simca glisse, quitte la route et pique du nez dans l’énorme congère qui cache un profond χαντάκι. Heureusement, la voiture est tombée du bon côté et pas vers le ravin ! Le fossé a avalé tout l’avant de la voiture et l’espace d’une minute je ne vois plus rien car un mur de neige bouche toute vue et les phares éclairent dieu sait où et dieu sait quoi … Glapissements, pleurs, récriminations contre la Panagia, invocations à sainte Barbara et moi, plus prosaïquement, je m’escrime sur la portière passager car soudain j’ai très chaud et j’étouffe ! L’angoisse me gagne. La portière est coincée contre le rocher et m’empêche de sortir … Rien à espérer de ce côté-là. Mes compagnes s’extirpent du côté gauche et je constate que, malgré son âge, Elpizha est très souple et qu’elle est capable de faire presque le grand écart ! Elle serre contre elle son μαντήλι noir et Chara saute sur la route dans l’espoir de stopper une hypothétique voiture… Et moi je rampe et m’agrippe au siège du conducteur, puis je l’enjambe et atterris comme je peux sur la route. Je me cramponne au montant de la portière, pendant que mes jambes esquissent des arabesques sur le sol gelé. Un froid glacial me saisit. Je ne sais que dire à mes amies, car dans la bagarre j’ai perdu mon grec ! Ce n’est pas une voiture qui s’arrête après quelques minutes d’attente, mais une bétaillère remplie de chèvres ! Elles ne savent pas ce qui les attend dans quelques jours, les pauvres … et font un raffut incroyable. Retour vers Ioannina ! Nous nous entassons toutes les trois à l’avant près du conducteur. Il ne s’intéresse pas vraiment à notre δυστύχημα, il demande à plusieurs reprises à ma voisine: « Είναι ξένη ; είναι ξένη ; ». La présence d’une étrangère -pire une touriste !- au col vers Ioannina et un jour de neige lui semble hautement improbable… Il n’a jamais vu ça ! Moi non plus … Lorsqu’il nous dépose devant la maison d’Elpizha une demi-heure plus tard, j’ai un peu retrouvé mes esprits, le grec me revient après s’être égaré dans une vie antérieure… et j’arrive à articuler : «  Καλά Χριστούγεννα » ! Les chèvres n’ont pas répondu …

Photo: (c) tous droits réservés à GP.

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