Πουσι

Nikos KAVVADIAS, Brume (suite et fin)

Temps de lecture : 11 minutes

Μας παραμονεύει ο θερμαστής

με τα δυό του πόδια στις καδένες.

Μήν κοιτάς ποτέ σου τις αντένες

με την τρικυμιά· θα ζαλιστείς.

 

Βλαστημά ο λοστρόμος τον καιρό

κι ´είν´αλάργα τόσο η Τοκοπίλλα.

Από να φοβάμαι και να καρτερώ

καλλιό περισκόπιο και τορπίλα.

 

Φύγε! Εσέ σου πρέπει στέρεα γη.

Ήρθες να με δεις κι ´όμως δε μ ´είδεις·

έχω απ ´τα μεσάνυχτα πνιγεί

χίλια μίλια πέρ´απ´τις Εβρίδες.

 

Questions à se poser :

1- Dans quel type de bateau sommes-nous ? Avons-nous d’autres informations sur le sexe de l’interlocuteur du poète ?

2- Relevez les verbes. A quels temps sont-ils ?

3- Le personnage auquel le poète s’adresse est-il vivant ? Que penser du titre du poème ?

Réponses aux questions :

1 Nous sommes en temps de guerre, sans doute dans un navire marchand et il est peu probable qu’une femme se trouve sur le bateau. D’autant que le poète l’amène dans la cale, un endroit particulièrement sale, mal odorant, bruyant et inconfortable. Ιl parle sans doute d’un homme. Dans cas-là, il faut revoir tous les accords dans la traduction française.

2- Encore une grande variété de verbes.

Présent : παραμονεύει, , είναι, πρέπει. Βλαστημά est un verbe contracte.

Subjonctifs continus : να φοβάμαι και να καρτερώ, duratifs formés sur le présent. Le deuxième verbe est contracte. Κοιτάς, verbe également contracte précédé de μήν indique la défense (ordre négatif).

Aoriste : ήρθες introduit des subjonctifs momentanés να δεις …. δε είδεις issus eux-mêmes d’aoristes. On dit également que ce sont des formes ponctuelles. Ce sont deux formes d’un même verbe (même temps, même personne) dont l’une est réduite au strict radical.

Impératif momentané : φύγε.

L’accent en finale de έχω πνιγεί et θα ζαλιστείς indique qu’on a affaire à des passifs : j’ai été noyé, tu seras étourdie. Le premier verbe est un passé composé ( composition avec le verbe avoir), le second un futur issu de l’aoriste passif ζαλίστηκα , c’est donc encore une forme momentanée. Le vertige n’est pas sensé durer….

3- Dans ce poème triste dont le titre évoque la mort, le personnage féminin/masculin semble une illusion, une ultime vision avant la noyade du marin, une allégorie annonciatrice de sa propre mort. Cette personne dont les habits évoquent un revenant, qui rate tout -elle arrive en retard, elle ne voit pas qui elle devrait voir, elle n’est pas à sa place sur un bateau – est cependant une source de douceur et de joie avant la mort du marin, avant le torpillage de son bateau par un sous-marin.

Attention :

Dans ce poème, on peut voir que l’alternance momentané /continu est très importante.  Les aspects sont  incontournables  en grec moderne… mais qu’est qu’un aspect ?

 

Traduction GP :

Le soutier nous guette

avec ses deux pieds dans les chaînes.

Ne regarde surtout pas les vergues

dans la tempête. Tu auras le vertige.

 

Le maître d’équipage jure contre le temps

et Tokopilla est encore si loin.

Plutôt que d’avoir peur et de se résigner,

il vaut mieux le périscope et la torpille.

 

Va-t-en ! Toi, il te faut la terre ferme.

Tu es venue me voir et cependant tu ne m’as pas vu.

C’est vers les minuits que je me suis noyé

à mille milles des Hébrides.

 

Photo : (c) tous droits réservés à GP.

 

 

 

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