Raid sur Délos

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Un lundi d’avril, 7h30 à Mykonos: Sur le môle, une petite troupe s’apprête à embarquer pour l’île de Délos. Le temps est légèrement bouché, le bateau-navette que les archéologues empruntent régulièrement se balance doucement. Un homme est sur le quai, il nous observe pendant que les étudiants rient et chahutent. Mais soudain tout va mal ! La Margarita est obligée d’attendre. « L’homme du quai » s’oppose catégoriquement à notre embarquement. C’est l’Epimélète, archéologue grec en charge du secteur. l’Ephorie ne l’a pas prévenu de notre venue sur l’île-sanctuaire. Et pourtant tout est en règle. Depuis plus de six mois, je navigue à vue dans une mer de documents administratifs. Je m’agite à nouveau : tractations, coups de téléphones puis enfin embarquement. Mais attention ! Pas question de nous égayer sur le site, en attendant mail de confirmation, nous sommes consignés à la maison de fouilles ! De quoi sommes-nous suspectés au juste ? Va-t-on, nous aussi, embarquer de force une lionne de Délos, comme cela a été fait pour la Vénus de Milos ? J’essaie de faire rire les étudiants, mais discrètement car l’Epimélète nous jette des coups d’oeils sévères chaque fois que le tangage projette mon regard vers lui. Et il pleuviote toujours sur la Margarita… Une demi-heure après, nous apercevons la magnifique baie de Délos et la colline du Cynthe. Le site n’est pas évident à voir, car il est très plat et seules quelques colonnes -plus hautes que les murs des maisons- sont bien visibles de loin. Nous sommes au printemps et, malgré le temps maussade, ce qui nous remplit de joie, c’est cette mer de fleurs des champs de toutes les couleurs qui couvre l’immensité du site. Au moins d’août, il n’y aura plus rien, la terre sera pelée. Sur le quai, Sophie, jeune archéologue au nom prédestiné, nous accueille à bras ouverts toujours sous le regard courroucé de l’Epimélète. Elle va essayer de résoudre ce fâcheux problème administratif…. en attendant, tout le monde à la maison de fouilles et que personne ne s’égare sur le petit chemin caillouteux ! Les locaux sont très sobres et il fut un temps pas très lointain où il n’y avait pas d’électricité à Délos et vraiment aucun confort, en particulier pas de douche ! On se croirait plutôt dans une maison de vacances – on est tout à côté de la mer – meublée succinctement de meubles qu’on n’a pas voulus ailleurs. Des chaises-longues sur la petite terrasse, un livre ouvert sur une table de réfectoire … et heureusement l’Epimélète est parti, lui, vers le musée. Les étudiants se placent autour des tables que l’on a rassemblées et Sophie présente son île, l’historique du site, la topographie et l’emplacement des vestiges, l’implantation de l’Ecole Française d’Athènes et des fouilles successives depuis « la grande fouille ».

Photo: Délos, le Cynthe. (c) tous droits réservés à GP.

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