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A Héraklion, Kazantzakis est partout: sur les tee-shirts, les cartes-postales et dans le grand porche de l’ancienne loge -actuellement la mairie – en effigie sur un médaillon de bronze, non loin d’ailleurs de celui du poète Elytis. Pour être prise en photo à côté de lui, je me hisse sur la pointe des pieds: c’est un grand homme ! Je dirais même: depuis qu’il est petit, c’est un grand homme !
Lettre au Gréco, Nikos KAZANTZAKIS (suite)- IX
La première révolte que le jeune Nikos va vivre en direct le fait passer sans transition de l’enfance à l’âge adulte, car son père n’a nul désir de l’épargner. Au contraire, son attitude, sa conduite sont un mélange de cruauté et de désir d’endurcir l’enfant. Alors que l’agitation commence à gagner toutes les maisons du village et que chacun essaie de se barricader chez soi, son père lui fait ses dernières recommandations :
« Il s’est tourné vers moi, il a froncé les sourcils :
-Tu as peur ?
-Non, dis-je.
-Et si les Turcs brisent la porte, entrent et t’égorgent ?
J’ai frissonné, j’ai senti la lame du poignard sur la gorge. J’allais crier : J’ai peur ! J’ai peur ! Mais l’oeil de mon père était planté sur moi. Brusquement j’ai redressé ma poitrine :
-Même s’ils m’égorgent, répondis-je, je n’ai pas peur ! J’avais senti mon coeur s’endurcir :
-C’est bon, dit-il . »
Puis Nikos assiste derrière sa porte à des scènes d’horreur qu’il ne peut voir, mais qu’il entend. Toujours ce même grondement sourd que l’enfant assimile à un tremblement de terre, c’est-à-dire pour lui à la fin du monde. Son père lui a indiqué tout un protocole à respecter en cas d’attaque de la porte :
« Si les Turcs enfoncent la porte et entrent, je commencerai par vous égorger pour que vous ne tombiez pas dans leurs mains. »
La porte est un rempart bien dérisoire contre le danger, la limite fragile entre la vie et la mort.
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